lundi 25 décembre 2006

Je suis l'ami d'un roi, de deux rois. L'un vit aux confins des mausolées de ses proches (ascendants et descendants). L'autre aime l'eau. Ils deviendront des saints, ils feront l'objet de livres, de pièces de théâtres, de ballets modernes. L'un rôde, sa tête sous son bras ou sur sa main et contrôle les niveaux d'humidité. L'autre nage et souille délicieusement un puits. Ils devraient nous donner des idées pratiques plus qu'artistiques.

Comme les affaires, comme a volé.

C'est un jour de fête désaffiliée. A l'étage du chateau, on n'entend pas les cloches, on est à l'écart des célébrations. C'est la veille de difficultés. C'est un jour simple, exempt de tournures. C'aurait dû être un jour sans coup, enfin humide et généreux, un jour de dégustation. Les moutons sont tondus, les jeunes sont tout juste rentré du coton, certains criblés de dettes - pour n'avoir pas ramassé les quarante kilos journaliers règlementaires, certains trouvent des façons sexuelles de payer leur dette. C'est un jour qui fait fuir le brouillard et les menaces, un jour de deuil, le soleil n'éclaire plus nos statues dorées, les pivots sont rompus, c'est un jour sans style, de pure redite, mêmes coups, mêmes difficultés, mêmes lassitudes, mêmes extrêmes dévotions, mêmes amours, mêmes confiances. Selon elle, c'est la Fête de l'Aporie, selon moi ; c'est simplement le jour avunculaire - son grand retour. Cette année, ce jour tombe en plein pendant les négociations organisées à l'aide d'un logiciel de traduction à cause des restrictions budgétaires, c'est l'année lors de laquelle "à bientôt" se dit "tant que", lors de laquelle on "se remet des grands saluts", lors de laquelle on se rejouit :
"Chez nous belle va la neige".

mardi 19 décembre 2006

LES CONTORSIONS SACREES SOUS LES LUTRINS GEANTS

MON MASSEUR REGARDE SON MAITRE MON MASSEUR ME BRISE LES REINS LES GENOUX ESSAIE LE COEUR MON MASSEUR ME BRULE LE SEXE J'AIME (MIEUX)LUMIERE MA KAZAKH SES VISITES NOCTURNES DANS MA VIEILLE CHAMBRE MA GUIDE CONNAIT PLUS DE LEGENDES QUE LES AUTRES LES JUS DE GRENADES LES TETES COUPEES ET LES CONTORSIONS SACREES SOUS LES LUTRINS GEANTS DE SAMARKAND.

jeudi 14 décembre 2006

C'est Hâche ou Arrête! - si j'étais le dernier-né suspect d'une grande fratrie - ou plutôt Beau Visage (Belle Physionomie) ou Force ou Triomphe ou Vaillant ou peut-être Rideau que nous nous appellerions. Et je pourrais remonter l'allée présidentielle, éviter artistiquement les contrôles de police, traverser travesti le brouillard pour te rejoindre les nuits de légende. Nous ne parlerions alors ni de plov, ni de fruits confits, ni de nos salaires, mais juste un peu de l'harmonie de nos prénoms, de la belle alliance des sonorités et des sens, de l'étonnante confusion des forces et surtout des systèmes inconnus, des glandes humorales inhumées. Je ne parlerais ni des larmes d'Olga, ni de mon amour vain pour Farid, ni de mes dettes, ni du costume national. Et nous partirions ensemble pour Khiva, demain ou après-demain.

jeudi 7 décembre 2006

Sur la route encore, je suis au milieu du monde et sans iode.

vendredi 1 décembre 2006

ROUTE

Sur les routes de Picardie, quittant le couvent argenté et délabré, fonçant, enfin compétent dans le village, jusqu'à la gare de Saint-Erme, les bureaux fermés, jusqu'au TER à deux vitesses, jusqu'à Reims, jusqu'au marché de Noël, jusqu'aux hauts-parleurs, jusqu'aux gloires à Dieu électroniques et bruyantes, jusqu'à retrouver, entre quelques sushis déjà ternes plusieurs danseurs tunisiens, connus à Montpellier, sur la route du retour, gonflé par Jack Kerouac, je pousse jusqu'à Busigny, dans les brouillards nouveaux et suaves - comme des versions humides de l'été, les aboiements et sursauts des chiens, l'hôtel-restaurant fermé, sur la route du retour, tôt encore mais nocturne, je m'arrête à Saint-Quentin, je descends avec toutes les filles montées à Bohain dans le TER moderne et avec les délégués chasseurs, les garçons aussi lycéens attendent Montescourt, je pense encore aux listes-écrins, aux longues listes intégrant noms et sentiments cachés et aveux, aux monuments aux morts, révélant éblouissant et invisible le nom aimé, troué sur la réserve naturelle de Saint-Quentin, je traverse les ponts, rôde autour des basiliques, des théâtres, des mairies, quelques insultes citadines, je découvre des trésors, des pailles aurifères, j'imagine les cadeaux, j'imagine les sciences-fictions, si tu étais là, si les silences rompus, si je complotais avec elle au lieu d'y rêver, les parures acquises à Babou, diodes lumineuses, robots, sabres magnétiques, je flaire tous les hôtels et toutes les brasseries de Saint-Quentin, j'en trouve un, de Paris, proche du canal, filles et vieux cessent tout à mon arrivée, puis m'offrent le renouveau du juke-box, je préfère celui de la Paix, sur la place, mais aucune des chambres ne donne sur la place, elles sont toutes trompe-l'oeil, j'en trouve une quand même sur rue, romanesque, je ne peux rien en dire de plus, sinon les multiples interrupteurs, la télévision, les rideaux lourds, plissés, fleuris, les double-vitrages, les VRP, tous les hôtels sont labellisés pro-VRP, je préférais en fait la demeure des Tanneurs où il ne restait que des suites, je mange de gras nutriments dans une Brasserie affable, nouvelles insultes, inquiétudes du couvent, nuit sobre, sage, seule, pure, indifférente, je retrouve au matin mes pailles dorées, toujours ni message, ni rupture, ni espoir, ni programme, ni rencontres, ni tristesse, je sillonne la ville à nouveau, les ponts, maisons basses, lumières urbaines, histoires, peintures, toujours de l'identification, toujours de l'exaltation, pas encore de réflexion, chants des morts, anglais, noirs, jeunes, coqs, évêques, ducs, grands, beaux, bels, bègues, blancs, bruns, cailloux, cerfs, clercs, chantres, coins, comtes, écuyers, dieux, forts, gris, gros, jeunes, maires, émirs, moines, neutres, pères, épines, preux, sages, sûrs, étangs, étaux, turcs, insultes à la gare, le retour est encore plus romanesque, retour de fugue, retour au couvent, punitions, coups de règles fantasmés, ligottés dans les cages flanquant la chapelle, en attendant :
La voiture de la boulangère me course et me rattrape au niveau du "Cimetière du Commonwealth" de Saint-Erme.

mardi 21 novembre 2006

C'est un nouveau message. Les sentiments ouïs, les cercles aux rayonnements profus inégaux, les listes-écrins, les coups nationaux, les coups-sortilèges, les désemboîtements thoraciques automnaux, les âgismes agonistiques, les rejets d'ivrognes - les vins chauds, les attributs-étendards, les flux et ressacs des mises en intrigue, les chorales-avenants au contrat, les déontologies refroidissantes, la giclée des semi-retournements des assignations punitives, les maladies et excuses, les mues des timides, les éradications-projets, les scies-dildo, les restrictions programmées-respectées, les maîtres ourlés, les écrivains-chevaux et les rectangles, les forages bibliothéquaires-conditions, les mauvaises raisons, le gros oeuvre-piédestal, l'hebdomadaire bureaucratique des abstinences, les pesées, les nuits correctrices, les mandarinismes "broyeurs vs anneaux" _ "masque vs capuche" _ "tronçonneuse vs pressoir" _ "politesse vs caresse" _ "scotch vs pinces"_ "alliances vs légendes" _ "feldenkreis vs fessée" _ "épilation vs modernité" _ " répression vs complot" _ "empathie vs dépassement", les discriminations inventives, les mains/fronts au mûr, les gorges profondes, les préferences.

dimanche 12 novembre 2006

Nu botté, sanglé d'un polo rose doux, équipé, je tiens des dizaines de minutes. La sangle est tant pivot qu'alliée.

A suivre, avec la nouvelle version de ce blogue.


lundi 23 octobre 2006

L A C U L T U R E D E S I N D I V I D U . E . S
Slick Art Fair #1
Du vendredi 27 octobre au lundi 30 octobre 2006
14h/20h
à La Bellevilloise 19/21 rue Boyer 75020 M° Gambetta

conception / interprétation / chants : François Chaignaud
textes : Robert Walser
musique : Olivier Messiaen / Bohren und der Club of Gore
Remerciements à Johanna Kortals Altes et Sarah Chaumette

vendredi 20 octobre 2006

Mais si tintements, transports, si soucis, guêts, lacets, troupeaux, mais si vachers, si Ali si petit, si mensonges, si Matthias et nos asynchronies, si Peter Zumthor, mais si épilepsies, retournements, rotations, pirouettes de cerveaux, danses, mais si les urgences de Zürich, mais si pire encore, ailleurs, quelqu'un d'autre, si moutons et ombres, si Mariusz, si décliné, s'il s'aigrit, ne prévient plus, si Vals si autogéré, si ensoleillé,
si bains pires, si couples pré-familiaux, si caisson d'isolation phonique, si Barbara ou un.e autre plus zélé.e, si
si interdiction, si débâcle, si malchance, si entêtement, si déterminisme, si causalisme, si aporie,
mais si perles, brillants, tigres, plantes, perches, sons, et si flexions de cerveaux, morts directes, films, foires, tours du monde, dépouilles, statues, postérité, si parcs accueillant statues et jeunes amants, si nuit
si palpitant, si palpitations, si nausées, si acheminées avec retard, les lettres, faire part glauques, si éternité,
si Danity Kane, si sans vous, si nuit, si pression, s'il ne m'importe peu,
si en secret, bouilloires, si magnifique, si long, si inutile,
si ensemble à partir de février, si ascendant, si plus,
mais si récidive,
mais si stimulant, si fameuse, si fossé entre nous, si à nouveau ensemble, si Lille, si mer, si journalistes, si succès, si tu es là, si timide, si méconnu, mais si beau pourtant,
si moto, si peu commentée, si crevée déjà, si proche, si résigné,
mais si dans les temps, analytique, si postérité, si diffusée, si le 3/18, si Gisèle, si Alain, si commémorations, si Odile, si Karim, Pascal, Pierre, Mark, Déborah, Steve, Sarah, si conférence de momies, si tables rondes vaines, mais si tous nez au mûr, courses discriminantes, culte identitaire, lignes rigides de discussion, yeux fermés,

si virages, klaxons quadritonaux


Machine :
si nu, vierge, né si vieux,
si triste
mais si réparé, si bâclé,
si démuni, flanqué si peu soutenu, si imaginatif, si Alice, parturiente vicariale,

si coïncidences, si nouveaux drames, si retards, si fatigue, mais si la vérité, mais si

si ambitieux, si au bout de 60 heures, mais si quinze heures plus tôt, si toujours liquide, mais si ciboulette, si fermenté, si pause - sling - ventres plus chauds, si macéré, si bon,
mais si dermose, si cygne rasé, si neige artificielle,
si géographique le temps, si le froid, si imaginatif, bain-marie,
si souris dilatée, si langue de veau râpeuse, si main morte, si pâle,

si jamais, si le cadeau, mais si jamais, si leçon de Sprinkle, si jardin chaud, désinvolte,

si déclaré, si beau, si beau dans la nuit,
si un messager

samedi 7 octobre 2006

SOINS

Du goutte-à-goutte forcené, glaçant l'avant-bras, je me souviens des mensonges des infirmiers et de l'injustice flagrante : mon voisin, 37 ans, découvrant au moment de l'intervention l'étirement, les professeures de danse, est traité comme un pilote : sa perfusion ambulatoire, nonchalamment brochée à un mât (une vergue roulante) lui offre la possibilité de prendre beaucoup de place, de parader, de s'évanouir (alors que ma poche, mon lit et moi sont solidairement épinglés).
Les douches sont vertes, vives et fades, plus foncées que les blouses des hommes agents hôteliers, d'un vert qu'aucun oiseau, qu'aucun lac, qu'aucun fard n'aura jamais.
Deux ascenceurs se font face, aux deux extrêmités du couloir. L'un achemine les visiteurs, les visiteuses, muni.e.s de présents, de colliers magiques, d'impossible empathie, de dévouement, d'or, d'indifférence en fait ; à condition que l'on ait des visiteurs, des visiteuses : j'admire et j'envie l'isolement perçant de mon voisin, aux exigences de diva, préservant son image, son éclat, évitant l'ennui des bonnes intentions ; seul son père, épaté, veille, muet. L'autre ascenceur est monté comme un ascenceur de squatt, coulisse, est dédoublé, est mécanique. On ne le prend jamais seul : un patient, dénudé - les jupettes réglementaires sont belles, blanches, courtes, étiquettées - et déjà drogué est toujours accompagné de deux grands brancardiers curieux mais blasés. Notre chambre était la chambre la plus proche de l'ascenceur menant au bloc, réfrigéré, fourmillant de stagiaires, de piqûres, de tapottements, d'abus et de manipulations, de simplicité.

On pensait écrire des poésies sans métaphore, sans émerveillement, sans "admirable", "délicieux", "effroyable", "incroyable", "une sorte de", matures, mouvementées, ne plus rêver d'être Picus, perséverer dans le dépit ou faire un geste amoureux majeur, se débarasser de l'optimisme, ne pas faire de constats inutiles, n'avoir qu'une seule pensée, et concrête.







La légende est simple, c'est un crissement d'index (c'est la haute lune, les collines, le règlement des heures, et quelques autres gestes dont on ne connaît plus l'agencement) des choses très banales sur lesquelles on ne bavarde pas.

mercredi 4 octobre 2006

Il y a toujours le problème de la déontologie. Aristocratique ou pragmatique. C'est question de génération, de chance, de talent plus ou moins grand pour le faufilement, l'optimisme, de destin. Ce n'est jamais définitif.


Perché dans les zones les plus chaudes, sur une plate-forme qu'admirent les débutants et qu'envient encore les avancés, j'inhale, la tête très haute, sans la ronde courbure accablée et soumise des débutants craignant de se dresser vers les plafonds brûlants, l'air chaud, humide, qui vient napper, bouillant, mes nez, gorge, trachée, poumons. J'ai maintenant une bonne clientèle, prête à payer le prix pour bénéficier d'une séance avec moi.


Quelques conseils : "Soyez ethnologue", "Obéis sans trembler aux ordres de ta mère".


La dissolution arrive toujours au même moment ; cette fois-ci, je suis prêt à ne pas disparaître : qu'au moins, le secret préservé n'ait pas été vain. Nous trouverons :
une forêt moussue
un jour propice
des fées
des alcools anesthésiant la glotte
des succès assurés à venir
des vraies cordes pour de vrais étouffements
l'endroit idéal pour tester quelques nouvelles technologies
un osthéopathe, en cas de besoin
des récits aisés et délicieux
des façons d'oublier les légitimes fatigues
des cotons, des plumes, des soies.



Le messager est toujours le plus personnage le plus intéressant, le plus crucial et le plus présent. Il n'a pourtant jamais les plus beaux airs, il ne salue jamais le dernier, et ne reçoit jamais le plus d'applaudissement.


Etre quatre dans un lit ou être quatre sur une moto génèrent des situations tout à fait incomparables.

mardi 3 octobre 2006

Même les cils nus et pesants du sombre ou important personnage mollement mais vaillament assis en face de moi m'attirent, ces cils rèches, purs, évidents, ces compagnons sincères, clignotant avec économie et astuce et irrégularité.


Mon sac en jute est devenu une crèpe, un ballotin sans lanière, une bourse fuyante m'obbligeant à des crispations acrobatiques et parfois infructueuses pour garder avec moi mes affaires.


Après ce genre d'évènement, c'est une tristesse d'après l'incendie. C'est une tristesse brute et sans évolution, que ne vient nourrir ou gonfler aucun désespoir. C'est une tristesse rendue amère par l'optimisme nécessaire qui vient la recouvrir immédiatement. Mais l'on sauve toujours quelque chose d'un incendie.


Si les loups-garous ne s'inventent pas des légendes, qui le fera dignement pour eux ? La légende peut être aussi simple qu'un régime alimentaire : " fruits et légumes sans resrictions, vingt grammes de graisse, uniquement végétale, du poisson (cru ou grillé), du poulet, du riz, et des laitages. Un jour par semaine, exceptions permises".


Il ne faut pas aller à l'Opéra le dimanche, c'est moins guindé et moins typique. Ma voisine dans la file d'attente m'a quand même, dimanche dernier, remercié d'exister, car je lui donne de la joie et des émotions, alors que sa vie est si triste et infortunée. Je pensais n'aimer que les airs coupants, les falaises accidentées, les gouffres minéraux. En fait, les grands souffles planétaires, les mouvements diffus, les transformations climatiques me plaisent beaucoup - si je peux rester aussi vague.
L'opéra a par contre aussi besoin de tes nuits blanches, de tes drogues et de tes ressources : les scènes y sont si mal et bêtement montées.


J'affronte le malheur avec une littéralité plaisante : je rentre à l'hopîtal demain en lisant l'Enéide.


Faut-il aller ailleurs ou moins loin qu'en Ouzbékistan pour délivrer, pour la première fois, un cours intitulé DANSE ET INJUSTICE : Malhonnêteté et cruauté dans la performance / Les limites du consentement. ?

mardi 26 septembre 2006

La guêpe

J'ai tant de soucis que j'ai décidé de n'en parler qu'une fois résolus.
Je pourrai alors écrire des récits du type : " Une guêpe habitait dans mon sac, qui, bien qu'en jute, ressemble peu à un essaim. Alors que je récupérais quelques cosmétiques naturels, j'ai découvert la guêpe, vivante bien sûr mais semblant ne plus vouloir voler, marchant calmement sur le revêtement intérieur de mon sac, et certainement admirant l'environnement chatoyant (feuilles libres, poudres, portefeuilles mineurs). D'abord scandalisé, j'ai ensuite eu deux idées. Une première idée, strictement analytique, relative à l'attrait que j'ai toujours exercé sur les guêpes ; attrait si fort que même mon sac en est devenu pourvu. Des légendes racontent déjà la prédilection qu'avaient les guêpes pour ma peau lorsque j'étais enfant. Mais, moins légendaire, il y a quinze jours seulement, dans des villes d'Allemagne, j'attirais encore toutes les guêpes de la fin de l'été, énervées et agressives, tandis que les autres personnes - allemandes et non allemandes - profitaient tranquilles et tranquillement du plein air. La deuxième idée était par contre programmatique. Dès que j'en ai eu assez de me rappeler ces modestes histoires, j'ai décidé que je devais me débarasser de cette guêpe : et j'ai quand même pensé que la présence de cette guêpe randonneuse dans mon sac risquait d'attirer encore plus de guêpes autour de moi, puisque les guêpes aiment se regrouper, spécialement dans des endroits insolites. L'histoire de l'éloignement de la guêpe est en fait moins intéressante ; on connaît déjà beaucoup d'histoires de torchons et de balcons (et de vengeances de voisinage). Je n'ai eu aucune difficulté. Avez-vous vu la ruche du Parvis de Beaubourg ? "



A suivre :
La porte et le tibia radiographé (ou La clé)
Le docteur Pelouse
L'ordinateur
Un événement

...

mercredi 20 septembre 2006

Un des Espagnols dont les cuisses nues animent ou occupent le train depuis avant Vesoul est inquiet ; les éclats de rire, les chansons, les polémiques (des Espagnols avec lui l’inquiètent) aux abords de Vesoul dans un train français. Nous silencieux, le couple bleu longuement marié et moi dormant, puis je lis parce que je n’écris pas bien, et les copies en attente d’être corrigées par le professeur déjà hydropique et somnolent comme un personnage de roman, nous tous frémissons parfois, à un éclat de voix et de rire un peu haut et beau mais qui de nous s’indignerait devant la musique de leurs sourires ? Une compagnie sise ici m’explique « ma chienne a détecté ma tumeur » ( et je lis, des minutes plus tard, ailleurs mais peu loin : « j’ai trouvé ma moitié grâce au chat ») mais ce sont les bras levés des Espagnols et ils ont les bouches si rouges, je nous sais tous rêver de leurs bouches si chaudes comme un cliché et une comparaison, ce sont leurs gloires à eux, d’être dans un corail Intercity Paris Troyes Chaumont Vesoul Belfort Mulhouse Basel qui me plaît, plus encore que sa nouvelle tentative : « mon amie a perdu soixante-dix kilos grâce à la naissance de ses quintuplés ». Il y a même une fille, Lucia, comme celle de l’opéra qui se balançait au dessus de la fosse d’orchestre pour ciseler ses vocalises « comme une cascade », disaient-ils (les balançoires et la gymnastique sont bonnes pour les chanteuses), et comme celle de l’opéra, c’est la seule fille, au milieu des cuisses d’hommes orgueilleuses, elle a la voix forte et c’est elle que l’inquiet vise. Et vise encore. Une autre compagnie : « let your baby show you how to move », les hommes n’aiment et ne savent pas danser…, il faut me suivre dit-elle, puis encore : « je vais éduquer mon homme »,

Christiane Oelze chante, c’est comme si j’étais dans les hautes gorges des athlètes espagnols, fraîches, douces, là où on voit encore les dents dures et d’ivoire, là où la salive est encore souple. L’inquiet vise encore Lucia, Lucia s’est levée – alarmes de Ligeti – les beaux souriants, tous bruns, d’un brun qui prouve leur vigueur, ne l’aiment pas, ne se battent pour elle, c’est évident, ils sont eux-mêmes trop liés entre eux par des forces de désir, par les agencements que m’expliquait V.D… Avant Vesoul , (car) l’après-Vesoul est très clair, les ruisseaux, le soleil, le cycliste, les forêts où Cécilia danse, Sarah campe, CharlY consomme, mais avant, c’est l’aube et nous dormions ; j’ai cru que tu étais venu avec moi dans le train avant Vesoul, je t’ai bien vu dressé et chapeauté, en face de moi, derrière la plateforme sur laquelle viennent de migrer les Espagnols après Belfort, c’est alors un peu idiot que tu ne viennes pas lire à côté de moi. Et Rudi qui devrait être dans ce train et que je pensais à côté de moi, il faut remercier Mélanie Ruquier, elle a l’intelligence de ne pas présupposer que voyager à côté d’un collègue est préférable à voyager seul, donc, déposé sur une banquette, bruyante comme on l’a dit. Si ç’avait été toi, ç’aurait été dommage que tu ne viennes pas à mes côtés, pas de fossé ici, et puis c’est une banquette, il n’y a pas de raison d’espérer d’une banquette plus qu’il ne convient (alors que d’un lit, on espère qu’il n’ait pas de rigole, qu’il soit bien constitué) et ce sont les voyages sans espoirs les meilleurs. On aurait pu jouer avec les Espagnols, Lucia a maintenant été consignée quelque part dans le wagon – on a dépassé Belfort, des cors romantiques et veloutés, des cors, annoncent la Suisse mais Mulhouse d’abord – peut-être n’est-ce pas un jeu, mais les huit garçons lèvent le bras régulièrement basculent la tête, bouclée, gominée, rase, souvent au moment où la vieille mariée bleue rentre des toilettes, ce qui lui arrive trop souvent, et découvrent leur ventre (évidemment), ça me semble un jeu, ton ventre si bien tapis contre ton dos aurait gagné, c’est certain.

mercredi 13 septembre 2006

Le monde sans contrepoint. Ou la pureté pré-féline.

On compare souvent les improvisateurs accomplis à des félins ; et on enseigne souvent l’improvisation ou la composition en temps réel en filant la métaphore féline : il s’agit d’avoir la vigilance, les réflexes, la retenue et la sauvagerie d’un félin.

Avec Frédéric, nous étions plutôt des jeunes tigres, deux jeunes frères, qui ne chassent pas encore, qui restent encore sous la protection et la surveillance de leur mère, d’une tigresse. Ces jeunes tigres, pour acquérir les techniques de prédation, vivent et jouent ensemble, selon le même rythme : descendent ensemble à la rivière, s’ébrouent ensemble, se chamaillent ensemble, se jaugent, se provoquent, se taquinent, se reposent, s’endorment, tètent ensemble. Ils exercent ainsi tout ce dont ils auront besoin quand ils seront adultes et indépendants.
Avec Frédéric, nous étions absolument sans méfiance et sans défiance. Les frères tigres ne jouent à la chasse si bien et si délicieusement que parce qu’ils ont une absolue mutuelle confiance : le frère ne risque pas de se transformer en vrai prédateur. L’un tombe par mégarde dans un bras de ruisseau inconnu, l’autre l’y rejoint ; l’un trouve une branche amusante, l’autre en trouve une aussitôt…
Cette complémentarité imitative n’est ni niaise ni ennuyeuse. Certes, elle n’atteint pas l’élégance adulte du contrepoint félin : ruse, diversion, double jeu, économie. Mais la confiance fraternelle et la croissance partagée ont des charmes et une force bien spécifiques : comme sont habiles et audacieux les jeunes tigres qui jouent à la chasse ! comme leurs cabrioles et leurs prises sont aériennes et acrobatiques ! et comme leur repos est délectable… Certes, les frères tigres ne se font pas remarquer en chassant et tuant une gazelle ou une antilope, ils n’ont pas ce genre d’héroïsme solitaire. Mais quelle inventivité gratuite déploient-ils pour se divertir et développer leur force !
Privés de distance, d’hésitation et de prévoyance, les jeunes frères tigres se dédient entièrement à leur activité en cours, la laissent se développer avec braverie et hardiesse jusqu’à ce qu’elle transforme en une autre activité.

Il faudrait et on pourrait raconter chacune de nos séances, nos flexions acharnées, nos équilibres obstinés et hésitants, nos synchronies ahurissantes, nos simulacres, nos caresses, nos sauts combinés à d’autres flexions, nos esquives, nos contrepoids* et nos musiques… Il faudrait raconter comment nous travaillions, quels vêtements nous portions, quelle excitation et quelle affection nous réunissait.
Mais il faut surtout que je décrive la rude plasticité physique de Frédéric, sa fiable force souveraine (quel tigre adulte deviendra-t-il…) et ses somnolences : à certains moments, alors qu’il se tient debout, c’est le seul poids du sommeil qui le fait danser ; c’est très beau et très admirable.

* pas de contrepoints mais que de contrepoids







Ceci est le compte rendu d'IMMORTEL/LE/S #3, proposition de Frédéric Danos, 6_10 septembre 2006, Paris.

samedi 9 septembre 2006

Helene und Hugo
Ottilie, Edgar
Arthur
Anna
Erich und Kätchen
Theodor und Lotte


Des lieder d'automne arrivent bientôt, à chanter auprès des amant.e.s immobiles, en famille, sur un quai de métro, chez soi évidemment,
Il porte sur les dents une espèce de monture, d’appareil métallique et cranté fascinant qui tient à la fois du robot, du prédateur et de l’adolescent. Rien que cela me le rend spécialement attrayant. Il est un archétype adorable et parfait de l’opérateur de parole et d’intelligence ; il est d'ailleurs, en général, un opérateur positif remarquable – mélange de Frau Von Twann, (pour la séduction et l’aise) et de Diaghilev (pour le réseau et l’intuition), ou encore de Nestor - en moins colossal, moins antique - (pour la distinction, l’intelligence et la confiance) et de fée (pour la joie et le rire qu'il génère et communique).
Il revient souvent du Brésil ou d’une ville de province, est une cible prioritaire des équipes de douane volante et parvient régulièrement à être l’invité de réceptions diplomatiques succulentes et extraordinaires.
Hier, je lui ai montré avec coquetterie et grâce calculée ma moto électrique : et quelle fierté de l’impressionner à chaque nouvelle astuce dévoilée – ses exclamations devant ma trousse à outils rangée dans le minuscule et charmant vanity-case, son incrédulité devant la boussole de mon tableau de bord, sa bienveillance souriante et son cri réjoui et sincère à mon démarrage – si fulgurant et rayonnant, c’est bien vrai !
S’il me semble si rare et si précieux, c’est parce qu’il associe avec un talent et un style pointus le snobisme le plus sévère et indispensable à l’affection la plus déployée, la plus sincère, la plus chaleureuse et la plus démonstrative. Alors, quelle valeur se sent-on avoir quand il nous frictionne le dos, à la fin de la soirée, sur la terrasse refroidie et dépeuplée, ou lorsqu’il nous offre avec une générosité discrète et bouleversante un sirop à l’eau ou une liqueur – selon l’heure !

Finalement, je ne suis pas rentré avec lui hier (mon nouveau moyen de déplacement m’isole autant qu’il me valorise) ; ç’aurait été amusant pourtant : il y a quelques mois, j'avais déjà été dans son lit mais en son absence et dans de tout autres circonstances. A dire vrai, j'ai rejoint hier encore bien meilleur lit.