mercredi 4 octobre 2006

Il y a toujours le problème de la déontologie. Aristocratique ou pragmatique. C'est question de génération, de chance, de talent plus ou moins grand pour le faufilement, l'optimisme, de destin. Ce n'est jamais définitif.


Perché dans les zones les plus chaudes, sur une plate-forme qu'admirent les débutants et qu'envient encore les avancés, j'inhale, la tête très haute, sans la ronde courbure accablée et soumise des débutants craignant de se dresser vers les plafonds brûlants, l'air chaud, humide, qui vient napper, bouillant, mes nez, gorge, trachée, poumons. J'ai maintenant une bonne clientèle, prête à payer le prix pour bénéficier d'une séance avec moi.


Quelques conseils : "Soyez ethnologue", "Obéis sans trembler aux ordres de ta mère".


La dissolution arrive toujours au même moment ; cette fois-ci, je suis prêt à ne pas disparaître : qu'au moins, le secret préservé n'ait pas été vain. Nous trouverons :
une forêt moussue
un jour propice
des fées
des alcools anesthésiant la glotte
des succès assurés à venir
des vraies cordes pour de vrais étouffements
l'endroit idéal pour tester quelques nouvelles technologies
un osthéopathe, en cas de besoin
des récits aisés et délicieux
des façons d'oublier les légitimes fatigues
des cotons, des plumes, des soies.



Le messager est toujours le plus personnage le plus intéressant, le plus crucial et le plus présent. Il n'a pourtant jamais les plus beaux airs, il ne salue jamais le dernier, et ne reçoit jamais le plus d'applaudissement.


Etre quatre dans un lit ou être quatre sur une moto génèrent des situations tout à fait incomparables.

mardi 3 octobre 2006

Même les cils nus et pesants du sombre ou important personnage mollement mais vaillament assis en face de moi m'attirent, ces cils rèches, purs, évidents, ces compagnons sincères, clignotant avec économie et astuce et irrégularité.


Mon sac en jute est devenu une crèpe, un ballotin sans lanière, une bourse fuyante m'obbligeant à des crispations acrobatiques et parfois infructueuses pour garder avec moi mes affaires.


Après ce genre d'évènement, c'est une tristesse d'après l'incendie. C'est une tristesse brute et sans évolution, que ne vient nourrir ou gonfler aucun désespoir. C'est une tristesse rendue amère par l'optimisme nécessaire qui vient la recouvrir immédiatement. Mais l'on sauve toujours quelque chose d'un incendie.


Si les loups-garous ne s'inventent pas des légendes, qui le fera dignement pour eux ? La légende peut être aussi simple qu'un régime alimentaire : " fruits et légumes sans resrictions, vingt grammes de graisse, uniquement végétale, du poisson (cru ou grillé), du poulet, du riz, et des laitages. Un jour par semaine, exceptions permises".


Il ne faut pas aller à l'Opéra le dimanche, c'est moins guindé et moins typique. Ma voisine dans la file d'attente m'a quand même, dimanche dernier, remercié d'exister, car je lui donne de la joie et des émotions, alors que sa vie est si triste et infortunée. Je pensais n'aimer que les airs coupants, les falaises accidentées, les gouffres minéraux. En fait, les grands souffles planétaires, les mouvements diffus, les transformations climatiques me plaisent beaucoup - si je peux rester aussi vague.
L'opéra a par contre aussi besoin de tes nuits blanches, de tes drogues et de tes ressources : les scènes y sont si mal et bêtement montées.


J'affronte le malheur avec une littéralité plaisante : je rentre à l'hopîtal demain en lisant l'Enéide.


Faut-il aller ailleurs ou moins loin qu'en Ouzbékistan pour délivrer, pour la première fois, un cours intitulé DANSE ET INJUSTICE : Malhonnêteté et cruauté dans la performance / Les limites du consentement. ?

mardi 26 septembre 2006

La guêpe

J'ai tant de soucis que j'ai décidé de n'en parler qu'une fois résolus.
Je pourrai alors écrire des récits du type : " Une guêpe habitait dans mon sac, qui, bien qu'en jute, ressemble peu à un essaim. Alors que je récupérais quelques cosmétiques naturels, j'ai découvert la guêpe, vivante bien sûr mais semblant ne plus vouloir voler, marchant calmement sur le revêtement intérieur de mon sac, et certainement admirant l'environnement chatoyant (feuilles libres, poudres, portefeuilles mineurs). D'abord scandalisé, j'ai ensuite eu deux idées. Une première idée, strictement analytique, relative à l'attrait que j'ai toujours exercé sur les guêpes ; attrait si fort que même mon sac en est devenu pourvu. Des légendes racontent déjà la prédilection qu'avaient les guêpes pour ma peau lorsque j'étais enfant. Mais, moins légendaire, il y a quinze jours seulement, dans des villes d'Allemagne, j'attirais encore toutes les guêpes de la fin de l'été, énervées et agressives, tandis que les autres personnes - allemandes et non allemandes - profitaient tranquilles et tranquillement du plein air. La deuxième idée était par contre programmatique. Dès que j'en ai eu assez de me rappeler ces modestes histoires, j'ai décidé que je devais me débarasser de cette guêpe : et j'ai quand même pensé que la présence de cette guêpe randonneuse dans mon sac risquait d'attirer encore plus de guêpes autour de moi, puisque les guêpes aiment se regrouper, spécialement dans des endroits insolites. L'histoire de l'éloignement de la guêpe est en fait moins intéressante ; on connaît déjà beaucoup d'histoires de torchons et de balcons (et de vengeances de voisinage). Je n'ai eu aucune difficulté. Avez-vous vu la ruche du Parvis de Beaubourg ? "



A suivre :
La porte et le tibia radiographé (ou La clé)
Le docteur Pelouse
L'ordinateur
Un événement

...

mercredi 20 septembre 2006

Un des Espagnols dont les cuisses nues animent ou occupent le train depuis avant Vesoul est inquiet ; les éclats de rire, les chansons, les polémiques (des Espagnols avec lui l’inquiètent) aux abords de Vesoul dans un train français. Nous silencieux, le couple bleu longuement marié et moi dormant, puis je lis parce que je n’écris pas bien, et les copies en attente d’être corrigées par le professeur déjà hydropique et somnolent comme un personnage de roman, nous tous frémissons parfois, à un éclat de voix et de rire un peu haut et beau mais qui de nous s’indignerait devant la musique de leurs sourires ? Une compagnie sise ici m’explique « ma chienne a détecté ma tumeur » ( et je lis, des minutes plus tard, ailleurs mais peu loin : « j’ai trouvé ma moitié grâce au chat ») mais ce sont les bras levés des Espagnols et ils ont les bouches si rouges, je nous sais tous rêver de leurs bouches si chaudes comme un cliché et une comparaison, ce sont leurs gloires à eux, d’être dans un corail Intercity Paris Troyes Chaumont Vesoul Belfort Mulhouse Basel qui me plaît, plus encore que sa nouvelle tentative : « mon amie a perdu soixante-dix kilos grâce à la naissance de ses quintuplés ». Il y a même une fille, Lucia, comme celle de l’opéra qui se balançait au dessus de la fosse d’orchestre pour ciseler ses vocalises « comme une cascade », disaient-ils (les balançoires et la gymnastique sont bonnes pour les chanteuses), et comme celle de l’opéra, c’est la seule fille, au milieu des cuisses d’hommes orgueilleuses, elle a la voix forte et c’est elle que l’inquiet vise. Et vise encore. Une autre compagnie : « let your baby show you how to move », les hommes n’aiment et ne savent pas danser…, il faut me suivre dit-elle, puis encore : « je vais éduquer mon homme »,

Christiane Oelze chante, c’est comme si j’étais dans les hautes gorges des athlètes espagnols, fraîches, douces, là où on voit encore les dents dures et d’ivoire, là où la salive est encore souple. L’inquiet vise encore Lucia, Lucia s’est levée – alarmes de Ligeti – les beaux souriants, tous bruns, d’un brun qui prouve leur vigueur, ne l’aiment pas, ne se battent pour elle, c’est évident, ils sont eux-mêmes trop liés entre eux par des forces de désir, par les agencements que m’expliquait V.D… Avant Vesoul , (car) l’après-Vesoul est très clair, les ruisseaux, le soleil, le cycliste, les forêts où Cécilia danse, Sarah campe, CharlY consomme, mais avant, c’est l’aube et nous dormions ; j’ai cru que tu étais venu avec moi dans le train avant Vesoul, je t’ai bien vu dressé et chapeauté, en face de moi, derrière la plateforme sur laquelle viennent de migrer les Espagnols après Belfort, c’est alors un peu idiot que tu ne viennes pas lire à côté de moi. Et Rudi qui devrait être dans ce train et que je pensais à côté de moi, il faut remercier Mélanie Ruquier, elle a l’intelligence de ne pas présupposer que voyager à côté d’un collègue est préférable à voyager seul, donc, déposé sur une banquette, bruyante comme on l’a dit. Si ç’avait été toi, ç’aurait été dommage que tu ne viennes pas à mes côtés, pas de fossé ici, et puis c’est une banquette, il n’y a pas de raison d’espérer d’une banquette plus qu’il ne convient (alors que d’un lit, on espère qu’il n’ait pas de rigole, qu’il soit bien constitué) et ce sont les voyages sans espoirs les meilleurs. On aurait pu jouer avec les Espagnols, Lucia a maintenant été consignée quelque part dans le wagon – on a dépassé Belfort, des cors romantiques et veloutés, des cors, annoncent la Suisse mais Mulhouse d’abord – peut-être n’est-ce pas un jeu, mais les huit garçons lèvent le bras régulièrement basculent la tête, bouclée, gominée, rase, souvent au moment où la vieille mariée bleue rentre des toilettes, ce qui lui arrive trop souvent, et découvrent leur ventre (évidemment), ça me semble un jeu, ton ventre si bien tapis contre ton dos aurait gagné, c’est certain.

mercredi 13 septembre 2006

Le monde sans contrepoint. Ou la pureté pré-féline.

On compare souvent les improvisateurs accomplis à des félins ; et on enseigne souvent l’improvisation ou la composition en temps réel en filant la métaphore féline : il s’agit d’avoir la vigilance, les réflexes, la retenue et la sauvagerie d’un félin.

Avec Frédéric, nous étions plutôt des jeunes tigres, deux jeunes frères, qui ne chassent pas encore, qui restent encore sous la protection et la surveillance de leur mère, d’une tigresse. Ces jeunes tigres, pour acquérir les techniques de prédation, vivent et jouent ensemble, selon le même rythme : descendent ensemble à la rivière, s’ébrouent ensemble, se chamaillent ensemble, se jaugent, se provoquent, se taquinent, se reposent, s’endorment, tètent ensemble. Ils exercent ainsi tout ce dont ils auront besoin quand ils seront adultes et indépendants.
Avec Frédéric, nous étions absolument sans méfiance et sans défiance. Les frères tigres ne jouent à la chasse si bien et si délicieusement que parce qu’ils ont une absolue mutuelle confiance : le frère ne risque pas de se transformer en vrai prédateur. L’un tombe par mégarde dans un bras de ruisseau inconnu, l’autre l’y rejoint ; l’un trouve une branche amusante, l’autre en trouve une aussitôt…
Cette complémentarité imitative n’est ni niaise ni ennuyeuse. Certes, elle n’atteint pas l’élégance adulte du contrepoint félin : ruse, diversion, double jeu, économie. Mais la confiance fraternelle et la croissance partagée ont des charmes et une force bien spécifiques : comme sont habiles et audacieux les jeunes tigres qui jouent à la chasse ! comme leurs cabrioles et leurs prises sont aériennes et acrobatiques ! et comme leur repos est délectable… Certes, les frères tigres ne se font pas remarquer en chassant et tuant une gazelle ou une antilope, ils n’ont pas ce genre d’héroïsme solitaire. Mais quelle inventivité gratuite déploient-ils pour se divertir et développer leur force !
Privés de distance, d’hésitation et de prévoyance, les jeunes frères tigres se dédient entièrement à leur activité en cours, la laissent se développer avec braverie et hardiesse jusqu’à ce qu’elle transforme en une autre activité.

Il faudrait et on pourrait raconter chacune de nos séances, nos flexions acharnées, nos équilibres obstinés et hésitants, nos synchronies ahurissantes, nos simulacres, nos caresses, nos sauts combinés à d’autres flexions, nos esquives, nos contrepoids* et nos musiques… Il faudrait raconter comment nous travaillions, quels vêtements nous portions, quelle excitation et quelle affection nous réunissait.
Mais il faut surtout que je décrive la rude plasticité physique de Frédéric, sa fiable force souveraine (quel tigre adulte deviendra-t-il…) et ses somnolences : à certains moments, alors qu’il se tient debout, c’est le seul poids du sommeil qui le fait danser ; c’est très beau et très admirable.

* pas de contrepoints mais que de contrepoids







Ceci est le compte rendu d'IMMORTEL/LE/S #3, proposition de Frédéric Danos, 6_10 septembre 2006, Paris.

samedi 9 septembre 2006

Helene und Hugo
Ottilie, Edgar
Arthur
Anna
Erich und Kätchen
Theodor und Lotte


Des lieder d'automne arrivent bientôt, à chanter auprès des amant.e.s immobiles, en famille, sur un quai de métro, chez soi évidemment,
Il porte sur les dents une espèce de monture, d’appareil métallique et cranté fascinant qui tient à la fois du robot, du prédateur et de l’adolescent. Rien que cela me le rend spécialement attrayant. Il est un archétype adorable et parfait de l’opérateur de parole et d’intelligence ; il est d'ailleurs, en général, un opérateur positif remarquable – mélange de Frau Von Twann, (pour la séduction et l’aise) et de Diaghilev (pour le réseau et l’intuition), ou encore de Nestor - en moins colossal, moins antique - (pour la distinction, l’intelligence et la confiance) et de fée (pour la joie et le rire qu'il génère et communique).
Il revient souvent du Brésil ou d’une ville de province, est une cible prioritaire des équipes de douane volante et parvient régulièrement à être l’invité de réceptions diplomatiques succulentes et extraordinaires.
Hier, je lui ai montré avec coquetterie et grâce calculée ma moto électrique : et quelle fierté de l’impressionner à chaque nouvelle astuce dévoilée – ses exclamations devant ma trousse à outils rangée dans le minuscule et charmant vanity-case, son incrédulité devant la boussole de mon tableau de bord, sa bienveillance souriante et son cri réjoui et sincère à mon démarrage – si fulgurant et rayonnant, c’est bien vrai !
S’il me semble si rare et si précieux, c’est parce qu’il associe avec un talent et un style pointus le snobisme le plus sévère et indispensable à l’affection la plus déployée, la plus sincère, la plus chaleureuse et la plus démonstrative. Alors, quelle valeur se sent-on avoir quand il nous frictionne le dos, à la fin de la soirée, sur la terrasse refroidie et dépeuplée, ou lorsqu’il nous offre avec une générosité discrète et bouleversante un sirop à l’eau ou une liqueur – selon l’heure !

Finalement, je ne suis pas rentré avec lui hier (mon nouveau moyen de déplacement m’isole autant qu’il me valorise) ; ç’aurait été amusant pourtant : il y a quelques mois, j'avais déjà été dans son lit mais en son absence et dans de tout autres circonstances. A dire vrai, j'ai rejoint hier encore bien meilleur lit.

lundi 14 août 2006

Redessiné, aminci et anobli par les révolutions propriosceptives passées, renforcé et confiant grâce à la bienveillance des moustachus à louer là-bas, aux moustachus déjà loués et aux moustachus locataires à venir ces soirs, raffermi par tant d'épreuves et de traversées énigmatiques et turbulentes, illuminé par les voyages à travers les immensités nuageuses découpées par la lumière vespérale, animées par notre rapidité, espiègle et oblique..., vivement intéressé par les tramways de Düsseldorf, longs et préhistoriques, se tortillant comme des rachis de dinosaures (et pouvait-on espérer plus dépaysant que de fendre Düsseldorf - la plus japonaise des villes européennes - à dos et à vertèbres d'archosauriens ?) et, enfin, rendu ostensiblement aimable et avenant grâce aux parfums thérapeutiques dérobés dans les DutyFree, je chauffe mon dos endolori et professionnel au soleil du Remor, dans le bas de Plainpalais à Genève, je quitte ma jolie chambre - ma studette - du Pont d'Arve, pour lancer quelques invitations : et Genève semble nous sourire, ravie de nous revoir, chantonne et sautille en notre honneur ; La Bâtie commence demain, et les Genèvois disent que La Bâtie est la dernière chance pour se trouver un amant avant l'hiver.

vendredi 28 juillet 2006

Depuis mes débuts à 4 ans et demi, je suis passé de l’état d’enfant prodige à celui de virtuose affirmé.


Je suis considéré comme l’un des plus brillants artistes du monde. Je maîtrise un répertoire d’une rare ampleur et je me produis dans les salles les plus prestigieuses du monde. J’entre dans la légende. Je parcours désormais le monde avec les plus grands. Je suis l’une des stars montantes de la jeune génération. J’ai reçu les conseils des très grands. J’ai fait sensation. J’ai été hautement acclamé par la critique. Je suis monté très vite au top des sondages. Beauté, puissance, chaleur, émotion, musicalité et dramatisme instinctifs sont mes qualités remarquées. Je suis l’un des rares artistes dont la carrière emprunte un si grand nombre de chemins ! Je me démarque des artistes de ma génération. Je suis aujourd’hui reconnu mondialement. Je suis déjà considéré comme un des artistes les plus intéressants. Insolente sérénité, technique immaculée, sensibilité, poésie et rondeur sont mes qualités. De nombreux critiques me placent au sommet. Je suis vainqueur du prestigieux Concours Reine Elizabeth de Belgique. Les plus grands m’invitent désormais. Je dégage une personnalité charismatique, faite de virtuosité et de simplicité. Je suis apprécié. Je suis reconnu comme l’un des plus impressionnants artistes de ma génération. Je suis reconnu dans le monde entier comme un artiste raffiné. Tous les Anglais me sollicitent. A 26 ans seulement, je suis l’un des artistes Jeune Génération invité par la radio anglaise jusqu’en 2007. J’acquiers la reconnaissance internationale en remportant le 12ème Concours International de Moscou. Depuis ma victoire, je suis invité à travailler avec des artistes prestigieux. Ce double héritage me permet d’allier poésie délicate, fort tempérament et technique brillante. A 22 ans, je suis déjà célèbre dans toutes les capitales du monde. Ma biographie en Chine est devenue un best-seller. Je suis déjà connu de millions de téléspectateurs. Ma fabuleuse virtuosité, au service d’une personnalité rare, à la fois ironique et mélancolique, fait de moi, enfant prodige né dans une famille d’artistes, l’un des plus grands talents de ma génération. Je suis l’artiste officiel du Concours Reine Elizabeth de Belgique. Mon interprétation profonde et poétique est désormais emblématique. Je commence à improviser dès l’âge de deux ans. Je me produis dans les plus grandes villes du monde, collectionnant les récompenses dont le prestigieux prix Triomphe. Distinction, raffinement, poésie : telles pourraient être mes qualités suprêmes. Je suis aimé et respecté non seulement de mon large public mais de toute la profession. Je suis un artiste d’une qualité rare, reconnu pour ma virtuosité, ma fraternité artistique et mon intégrité. Je suis à l’aise sur tous les fronts. Je suis considéré comme l’un des meilleurs artistes de ma génération. J’ai été décoré de la médaille Purple Ribbon. Je commence à pratiquer à l’âge de huit ans. Ma virtuosité fait de moi l’un des artistes les plus charismatiques de ma génération et un pionner en art contemporain. Je suis l’un des artistes les plus accomplis et les prometteurs sur la scène internationale. Je travaille aujourd’hui avec les meilleurs artistes. Je suis recherché par toutes les plus grandes scènes internationales. J’ai mon agenda comble jusqu’en 2009 ! De nombreux documentaires témoignent de mes talents. Je suis ambassadeur honoraire des Nations Unies. Je fais partie de cette jeune génération d’artistes charismatiques et talentueux dont l’ambition est non seulement de travailler le répertoire classique mais également d’explorer les nouveaux aspects de la création. Je remporte plusieurs concours internationaux et commence une carrière de très haut niveau. Je bénéficie d’une réputation internationale exceptionnelle grâce à un alliage inhabituel de compétences. Je me suis produit partout. Je suis célébré par la critique et plébiscité par le public. Ma vocation m’est apparue dans mon enfance. Je me suis produit dans 59 pays différents. Je suis l’un des artistes les plus prisés de ma génération. Admiré pour mon lyrisme poétique et ma brillante technique, je suis célébré sur les plus grandes scènes internationales. J’ai déjà derrière moi une carrière internationale. J’ai atteint le titre rare de superstar.


Verbier, août 2006.

mardi 25 juillet 2006

« Il y aura des matelas (empilés, à assiéger), peu de spectateurs-spectatrices (deux ou trois à chaque fois), des échelles (pour grimper sur les matelas et pour avoir envie de fabriquer des sculptures), des perles (pour s’en revêtir, pour les offrir et pour les concasser), des opérettes allemandes à écouter et à chanter, des contorsions, des musiques de Brahms, de Clogs et de Westlife, des blouses, des kimonos, des peignoirs (à faire circuler, à suspendre et à enfiler), des murs blancs (à maculer), des danses décoordonnées, extrêmes, fermentées et abstraites, des écouteurs (pour se concentrer), des tapis de faux cheveux, des lumières rouges (presque psychédéliques), des transistors, des interrupteurs, des pieds pointus et fascinants, des cadeaux (une parure de prince arabe, des gels éclaircissants thermoréactifs pour les cheveux),
et il y aura beaucoup d’injustice et de malhonnêteté (entre nous, sur nous, entre vous et nous, autour de nous, à l’intérieur de nous et de la pièce) : des rites initiatiques pervers, des traquenards, des pièges – des manipulations et des abus. »

samedi 15 juillet 2006

- Tant de dont moi qui depuis ne peut me faire à ce que qui ne peux sans. À quoi s’ajoute Au très petit matin c’est déjà Sous les hauts dans le fond du au milieu du sous le au-dessus de la. Sur les hauts : au matin de comme je tarde. En fin de (matinée) à l’entrée d’un dans le haut d’une. De la ligne de à l’autre. Dans le soir du vers. Sur la vaste (place) de part et d’autres. De la (charcuterie) d’en face sortent. De nuit dans l’ la plus grande part du et de la étant – de l’autre chargé de de d’ à mon corps (affaibli) et déjà mais moi. Plus tard dans ce qui reste de notre de et de. Sur le mur à droite du. Le lendemain moi qui me suis toujours pour qui le pour qui le jour c’est comme si dans ce qui reste encore de la journée des raisons de. de l’après-midi mais inversement jadis à l’aube voué à vers mon lit et déjà près de. Mais de l’autre côté de la qui traverse et partage un long et haut dans par le (textile supérieur). entre (vergers et) sur un petit longe à hauteur de - soit à aussi vite que le soit aussi vite le au bord du à un où tous les jours (des femmes). Le soir quand dans la lumière qui baisse. Je pense alors. au titre de la presque invisible mais. La nuit après tous ces mois d’ dans des. Le lendemain soir avant le la nuit vient au sous les (pins). Tôt le lendemain matin je me remets au entre mon et les sur ma nous autres et pire avant celui. Malgré le je refuse de à l’(intérieur) de la. Au lieu de près de et en retrait du au centre du et où est (morte). Enfin ce ne sont plus les seuls qui ont du ce sont les et l’un d’eux se. Je dois alors dans les aux la que je vais faire et quoi et comment y du milieu et de la fin de de telle façon comme autre chose que. Est-ce dans est-ce dans au bout de laquelle est en reculant je et longe. A l’aube d’un nouvel au bord de d’entre les (hautes) et je longe je me crois de l’autre du côté de au bord de l’. La mer dans lequel (gisent) pour moi depuis avec leurs leurs leur. Que ne suis-je de. vers le bord du de contentement à ce moment de l’année. Il me faut plus de deux. Plus tard un jour où déjeuner hors de la ville me trouve et de cette façon chez l’(ami) près duquel où je reviens peu depuis à reculons dans l’état où je me sais.

vendredi 30 juin 2006

Douze archers préfectoraux intoxiqués. Un service préfectoral intoxiqué. L’intoxication de douze archers préfectoraux. La préfecture intoxique ses archers. Des logisticiens intoxiquent la préfecture. La préfecture intoxiquée par ses logisticiens. La préfecture intoxique ses commis. L’intoxication préfectorale. C’est la guerre : les douze archers préfectoraux intoxiqués intoxiquent de nombreux logisticiens. Les commis préfectoraux épargnés. L’intoxication logistique. La logistique intoxicante : l’inquiétante mutation. La préfecture intoxiquée par sa logistique. Les douze archers intoxiqués sont vivants. Les autorités préfectorales intoxiquent des commis. Les préfectoraux intoxiqués. Toxique logistique. L’intoxication des équipementiers. La mise en cause de flèches intoxiquées. La responsabilité des équipementiers préfectoraux. Les équipementiers intoxiqués donnent une version accablante des faits. Équipementiers et archers intoxiqués dénoncent les logisticiens préfectoraux. Le drame des douze archers intoxiqués. Logistique toxique : la contagion continue. La préfecture intoxique ses archers. Les révélations des équipementiers intoxiqués. La logistique des intoxications. La vérité sur l’intoxication des équipementiers. Les archers face aux équipementiers intoxiqués : l’heure de vérité. Les flèches intoxiquées retrouvées dans les sous-sols des services préfectoraux de logistique. Les logisticiens embarrassés par la découverte de flèches intoxiquées. Les flèches des logisticiens préfectoraux : la polémique. Des logisticiens mal intentionnés. L’intoxication des équipementiers. Les équipementiers préfectoraux mis hors de cause. Les douze archers préfectoraux toujours intoxiqués. Intoxication des douze archers préfectoraux : l’horreur. Équipementiers et logisticiens font face à l’intoxication. Le silence des commis préfectoraux. L’embarras dans les préfectures intoxiquées. Intoxicante logistique. La prise d’indépendance des archers. Vers l’autogestion des équipementiers ? Le poison logistique. Les nouvelles flèches. Intoxication des archers préfectoraux : comment éviter que le pire se reproduise ?

mardi 27 juin 2006

je suis injuste, autant que tu es trop peu précise, tes cheveux, ta blondeur te rendent imprécise, tu es, crois-tu, authentique, tu es, crois-tu, naturellement juste, je danse avec beaucoup d'injustice, je me serre trop près de toi, je tourne trop, ce n'est pas juste, je te laisse étourdie, tu cherches ton naturel, tu cherches juste ta simplicité, je vais trop vite, je vais plus vite que les autres, et je vais aller encore plus vite, je vais trop devant, on voit que tu deviens rouge, on voit que tu es au bord de perdre ta simplicité, ton naturel, ton authenticité, tu ne sais pas comment me modérer, ta justice manque d'éloquence, tu essaies juste de rester neutre, tu n'ouvres les yeux que lorsque tu as le dos tourné, juste le temps de me demander d'aller plus doucement, de me calmer, d'en faire moins, je m'assois sur tes cheveux, tu es trop blonde et imprécise, tu ne peux pas te relever à temps sans t'arracher les cheveux, coinçés sous mes pieds, ce n'est pas juste, alors tu continues avec moins de cheveux, tu essaies de rester naturelle, simple surtout, tu aimes la simplicité, la simplicité garantit, crois-tu, la justesse, c'est pour ton bien si je t'arrache les cheveux, c'est injuste, mais comme ça tu parais plus précise, jusque tes mains en profitent, avec moins de cheveux, tu sembles moins mauvaise, tu cesses presque d'être vulgaire, tu te dégrossis un peu, je suis injuste avec toi, mais tu me remercieras, dans pas très longtemps, tu ne lis pas de livres pour être juste, tu crois avoir le sens naturel de la justice, tu sais, crois-tu, repérer les injustices, tu respectes les gens qui lisent, mais tu n'as pas besoin de lire, tu sais d'avance tout cela, tu sais sentir, tu sens, crois-tu, ce qui est naturel, pourtant tu as peur de l'injustice, elle te rend taciturne et tourmentée, tu bégaies, tu ne sais pas dénoncer l'injustice, tu perds tes moyens, tu te touches les cheveux, tu les arranges, c'est pour ça que l'injustice te fait peur, tu ne sais pas trop parler, tu rougis, tu faiblis, tu essaies de rester neutre, tu essaies de réagir avec justesse, tu sais, crois-tu, être juste présente, tu aimes être présente, tu penses que tu n'as pas besoin de parler, tes gestes, penses-tu, se passent de mots, tu aimes être présente, surtout avec lui, tu sens que tu accèdes à une forme supérieure de justice, à une neutralité juste, tu aimes être présente avec lui, il te fait oublier que tu n'es pas précise, il a quelque chose mais il sait rester naturel, je te retrouve après lui, je démolis tes efforts et ses efforts, tu essaies de rester neutre quand tu me retrouves, tu es pourtant excessivement rouge, tu deviens paniquée, tu essaies de te rappeler ces beaux hommes naturels que tu as vu l'autre soir, tu essaies de les imiter, tu voudrais danser avec eux, tu es trop juste pour me maudire, tu essaies de rester calme, tu n'aimes pas l'injustice, tu ne comprends plus pourquoi ton combat pour la justice est si peu récompensé, tu veux rester au milieu, tu ne veux pas aller si près des gens, je fais exprès d'être injuste, de frôler les gens, de te serrer si fort les poignets que tu ne peux pas te retourner, de te coincer la nuque, de te porter si longtemps que tu as le vertige, tu veux garder une forme de froideur et de distance, tu veux rester calme et neutre, tu voudrais te cacher au milieu, mais je ne te laisse pas la possibilité de chosir, je prends toutes les décisions, à nouveau les plus nuisibles pour toi, les plus injustes, je veux que l'on voit que tu es rouge, que tu es lourde, je suis injuste avec toi pour que l'on voit comment tu essaies de rester neutre, comment tu essaies de garder une certaine justesse dans ton interprétation.

dimanche 25 juin 2006

Y a-t-il une possible marque du quintuple ? Peut-on quintupler le marqué le non marqué ? Que démarque le quintuple ? A quel moment démarqué est-il quintuplé ? Peut-on quintupler le plié le tendu ? Etiré est-il la marque quintuplée du tendu ? Pointé est-il la marque quintuplée multipliée du tendu d’étiré ? Crispé multiplie-t-il la marque du tendu du pointé du visé du durci du pointu ? Pointu quintuple-t-il le pointé ? A quel moment pointu est-il le multiplié de pointé de saigné ? Dur est-il une multiplication du tiré du tendu ? Verrouillé est-il un multiple du marqué du serré du tendu du saigné? Tendu, étiré, déplié, pointé, droit sont-ils des multiples des quintuples du marqué du noté du sué ? Est ce que multiplié est quintuplé ? Est-ce que coïncidé est décalé ? Est-ce que choisi cinq fois est déjà multiplié ? Est-ce marqué cinq fois est quintuplé ? Est-ce que marqué quintuplé décalé saigné et pointé deviennent cinq fois plus marqués, cinq fois plus verticaux, cinq fois plus profonds, cinq fois plus transversaux, cinq fois moins binaires, cinq fois plus sagittaux, cinq fois plus puissants, projetés, admirables ? Est-ce que le plié le mou le flasque le détendu sont les multiples du non marqué ? Est-ce que déplié multiplie le relâché ? Est-ce que coupé est mou ? Est-ce que sectionné est tendu ou détendu ? Est-ce qu’amputé est un multiple du quintuple ? Est-ce qu’amputé et pointé sont proportionnellement coefficientés ? Est-ce que pointu multiplie le cassé le fêlé l’ébréché le blessé ? Est-ce que le quintuple d’amputé est marqué ou non marqué ? Est-ce qu’amputé est pointé est saigné est sué est démarqué ? Est-ce qu’amputé est quintuple ou doublé ? Est-ce que rond multiplie le non marqué, l’amputé, le mou, l’oxygéné ? Est-ce qu’oxygéné est un multiple de pointé ? Est-ce qu’oxygéné est un coefficient du quintuple ? Qu’est-ce qu’oxygéné multiplie ? A quel exposant oxygéné et amputé s’appliquent ? Oxygéné et amputé sont-ils les multiples de plié et de tendu ? Détendu est-il démarqué ? Détendu est-il oxygéné plié crispé ? Détendu est-il liquide ? Est-ce que raide est un multiple possible ? Est-ce que bandé est un multiple de marqué de raide de pointé de marqué ? Est-ce que liquide démarque bandé ? Souple quintuple-t-il le liquide le mou le disponible le non marqué ? Est-ce que bandé est amputé ? Amputé est-il déjà multiplié de dur de dardant de victorieux de dressé ? Peut-on quintupler le dressé et l’abattu ? Descendu est-il une division de pressé ? Est-ce que la pression artérielle est une marque comptabilisable ? Est-ce que les graphiques restent lisibles ? A quels seuils deviennent-ils incompréhensibles ? A partir de quel multiple du quintuple deviennent-ils cinq fois trop complexes ? Cinq fois trop épais ? Cinq fois trop grands pour l’écran ? Cinq fois démesurés ? A quels moments les courbes redeviennent cinq fois trop dures, cinq fois trop raidies, cinq fois trop marquées, cinq fois trop ennuyeuses, cinq fois trop dangereuses, cinq fois trop nues ? A quel moment le mou marque-t-il le pointé? A quel moment ouvert est saturé ? A quel moment désarticulé est un nombre parfait ? A quel moment désarticulé ne peut plus être marqué ? A quel moment désarticulé ne peut même plus être non marqué ? A quel moment embrassé est découpé ? A quel moment embrassé est non marqué, est tendu, est ouvert ? A quel moment embrassé est oxygéné ? A quelle condition embrassé est démarqué et marqué ? A quelle condition sécrété est quintuplé ? A quelle condition quintuplé est embrassé est salivé est sécrété ? A quelle condition multiplié est embrassé ? A quelle condition est-on multiplié ? A quelle condition les multiples deviennent-ils incompatibles entre eux ?

jeudi 22 juin 2006

Juste trente huit minutes avant que l'écran ne s'endorme, ne se noircisse, ne se mutine.

premier Campari
première visite à Lille
premiere nuit dans un train de nuit
première fois à Berlin
premiers fenouils crus
premiers ceinturons
premier vélo de course
première piscine flottant sur un fleuve
première danse avec un enfant
première dent de sagesse extraite
première substitution d'identité complexe et parfaitement réussie
premier concert de clavecin solo
première soutenance
premier symposium
première nuit entière dans un sauna
premier festival
premier allemand

samedi 17 juin 2006

Au front, maintenu sec, auprès des ventilations, apposé (forcé) contre les genoux ou mieux contre l’anse dure et harmonieuse des deux tibias réunis ou, aussi contre sa propre cuisse, au front des crânes tatoués ou sculptés des petits robots métisses qui se décoordonnent à nos côtés, au front bleuis des ami.e.s par trop de maladresses ornementales (l’ornementation nécessite un minimum d’intuition – certainement la seule pratique qui en exige), au front tombant de mes étudiant.e.s presque anglais, au front des franges sur-entretenues ;
je suce le front de momies, de travesties microscopiques sud-africaines vivant comme de vieilles somités japonaises, je suce le front des amis râpeux :
/// des débroussailleuses, chaleureusement soutenues par des techniciennes d’usinages, chantournent, effraient le danger, le mouillent, le laissent fondre, le dissolvent. Jouent à la fronde. ///
En représailles, j’accuse maintenant les petites filles trop agaçantes (effrontées ?) d’être des petits garçons : arme redoutable, évidemment. Et, vexées et abattues, se compriment, mieux que moi, la tyroïde, qui vient s’étaler sur leurs sternums, leurs plexus, leurs petits muscles. C’est impressionnant (et très sain pour elles).
Alors qu’ici, je dois me transformer en montagne, convoquer des ruisseaux,les orienter sur mes versants, les répartir, décrire à mon entourage les mouvements, presque les tremblements de terre ou les plissements de croûte voire les révolutions géologiques, je dois entendre une femme mince et de los angeles ne parler qu’anglais, qu’avec des infinitifs, prononcés avec un débit continuellement très rapide et manifestant beaucoup de suspicion à mon égard, je dois partager les sources (d'eaux), prendre des potions effroyablement surdosées et même les prendre en double, pour espérer former quelques nuages, quelques pluies qu’il s’agit alors d’exprimer par les compressions recherchées.
Finalement, je prends des avis auprès des femmes regroupées en option non traditionnelles, nous nous mettons à la ferblanterie, à l'ingénierie et au débardage, sans plus trop nous soucier de l'équité de la répartition entre les compressions frontalement sagittalement transversalement de nos glandes.

mardi 9 mai 2006

Mon sternum ne s'est toujours pas déchiré. Malgré mes efforts, ses craquements ne sont que les signes de son expansion, et non pas ses premiers bris.

ROMAN DE GUERRE

Au moment où les affinités se déclarent, où les regroupements se politisent, où les moustaches en sueur s’accolent fraternellement au moment des embrassades de fin de réunions, au moment où les urgences, les grandes causes, les discours tremblant d’émotions font émerger les charismes, maquillent les yeux de certain.e.s et couvrent de honte les viasges des autres, au moment où les mensonges, les alliances, les apostasies grandiloquentes, les excommunications, les saltos, les culbutes déchaînent les compérages, les frottements, les poils-à-poils confiants et les cohabitations lumineusement précaires, £ caresse plus que les autres ne le font, caresse les plus minces, les moins maquillé.e.s, les moins brillant.e.s, les moins vibrant.e.s, les moins sûr.e.s des connivences affinitaires, les moins prompt.e.s à reconnaître les moustaches bienveillantes, les moins habitué.e.s à ce que les transpirations militantes, les discours virils et les attouchements politiques les détendent, les moins habitué.e.s à guetter les prolongements nocturnes des votes de la journée, £ les enveloppe, leur explique son point de vue, les réchauffe, leur offre des livres, les masse, les enivre, les aime, les protège, les embrasse entre ses larges épaules, les guide, les flatte, les présente, les trouble.

Pendant les assemblées générales, extraordinaires et ordinaires, pendant les commissions, les plénières, les paritaires, les non-mixtes, les représentatives, les célébrations, pendant les cérémonies (informelles), pendant les réunions préparatoires, pendant les conciliabules palpitants et décisifs, pendant les apéritifs sororaux (et fraternels), lorsque les bières mouillent et adoucissent les moustaches, pendant les colloques, les séminaires, les universités estivales, les conférences publiques, pendant les votes, pendant les prises de paroles, £ est plus grand que les autres, s’irrite plus, s’échauffe plus, s’avance, se retire, sue, s’enroue, séduit, tempête ; £ s’offre tout entier, se bat corps et âmes, jette son corps dans la bataille, n’y va pas par quatre chemins, met du cœur à l’ouvrage ; £ cligne et opine vers les plus jeunes, les plus indécis.e.s, les plus pâles, les plus tremblant.e.s et les moins loquaces ; £ clame ses convictions avec d’autant plus d’ardeur, de générosité, de fougue, d’entêtement, de brio, de talent qu’il réserve des œillades arbitraires et discrétionnaires et dominatrices et irrésistibles aux plus doux.douces, aux plus perdu.e.s, aux plus soumis.es, aux plus joli.e.s, aux plus évanescent.e.s.


£ n’est pas ou pas seulement un mauvais homme politique, un mauvais syndicaliste, un mauvais directeur, un mauvais cardinal, un proviseur pédophile, un professeur aux mœurs douteuses qui abuse de son pouvoir pour séduire et escroquer de jeunes précaires, ébloui.e.s et impressionné.e.s, qui se sert de sa stature pour rallier les crédules. £ n’est pas misérable, n’est pas isolé, n’est pas criminel, n’est pas déséquilibré. £ est officiellement et réellement et sincèrement brillant, aime vraiment les textes qu’il défend en sueur, n’est pas cynique, n’est pas seul, n’est pas fourbe, n’est pas cauteleux. £ fait surtout des discours, des chansons, des programmes, et fait le directeur épisodiquement, £ fait surtout l’enragé, le révolté piégé, commet quelques viols, quelques séquestrations, quelques enlèvements, et fait surtout le meneur, le séducteur, le savant, l’amoureux.

lundi 1 mai 2006

Victoria Chiu

Pendant une scène de la pièce - une scène de torture - ma partenaire, Victoria Chiu, appuie son pied sur mes lombaires, afin de me maintenir allongé au sol, et ramène ma tête, par les mâchoires et par les cheveux, vers elle et vers le haut, arquant ainsi intensément, et de force, mon dos vers l'arrière. Ce mouvement prend place, de manière spécialement cohérente, dans mon projet de cambrure. Je concentre en effet actuellement tout mon entraînement autour de la cambrure dynamique de mon corps vers l'arrière : on craint trop souvent de replier l'arrière du corps, alors qu'on abuse trop souvent de la flexion vers l'avant.

A un autre moment, pendant lequel je suis allongé sur le dos, Victoria Chiu s'assoit sur mon ventre, étend sa jambe gauche sur mon bras gauche, alors déplié sur le côté, et enserre soudainement, entre ses deux bras, nos trois jambes, dressées vers le plafond - soit : mes deux jambes et sa jambe droite. Puis, plus tard, alors que je suis toujours allongé sur le dos, Victoria Chiu s'assoit de profil sur la face interne de ma jambe gauche, parallèle au sol mais surélevée par la pression de mes orteils, et s'adosse contre ma jambe droite, verticale. Alors, j'abaisse ma jambe droite jusqu'à former un angle de 180° entre mes deux jambes (le grand écart) ; ce mouvement fait basculer Victoria Chiu de la position assise à la position allongée, comme si elle reposait sur un transat, qu'elle inclinerait à sa convenance.

Victoria Chiu a une étrange gestion de son corps. Elle manifeste une désinvolture toute choquante à l’égard de certaines parties de son corps : ses bras en général, et spécialement ses poignets et les articulations de ses doigts sont complètement abandonnés, un peu tordus, très limités dans l’amplitude de leurs possibilités de mouvement ; ses genoux aussi sont vagues, hésitants et souvent empêtrés ; à l’inverse, elle déploie, dans certains mouvements périlleux, dangereux, acrobatiques et spectaculaires, une force admirable : elle peut se propulser sur ses mains, sauter complètement arquée ; ses cuisses et son ventre cachent aussi une vigueur terrifiante : elle peut, allongée sur le dos, les jambes pointées vers le haut, soutenir et mouvoir mon corps lourdement inerte reposant sur ses pieds, elle peut me transférer sur un seul de ses pieds, réagencer les parties de mon corps en faisant glisser séparément ses jambes, Victoria Chiu peut même porter à l’oblique basse ses jambes en me maintenant alangui sur ses pieds, supportant ainsi toute la pesanteur que l’aplomb de ses jambes absorbait.

Victoria Chiu acquiesce souvent ; je ne sais jamais si la continuité spectaculaire de son approbation n’est qu’une habitude australienne (voire américaine), d’opiner verbalement à tous les propos de son interlocuteur, ou si c’est la marque d’une réelle adhésion à chacune de mes remarques. Je pense en fait plutôt qu’elle acquiesce ainsi avec un tel zèle pour se dispenser de rentrer réellement dans la conversation.