danses
vendredi 30 juin 2006
Douze archers préfectoraux intoxiqués. Un service préfectoral intoxiqué. L’intoxication de douze archers préfectoraux. La préfecture intoxique ses archers. Des logisticiens intoxiquent la préfecture. La préfecture intoxiquée par ses logisticiens. La préfecture intoxique ses commis. L’intoxication préfectorale. C’est la guerre : les douze archers préfectoraux intoxiqués intoxiquent de nombreux logisticiens. Les commis préfectoraux épargnés. L’intoxication logistique. La logistique intoxicante : l’inquiétante mutation. La préfecture intoxiquée par sa logistique. Les douze archers intoxiqués sont vivants. Les autorités préfectorales intoxiquent des commis. Les préfectoraux intoxiqués. Toxique logistique. L’intoxication des équipementiers. La mise en cause de flèches intoxiquées. La responsabilité des équipementiers préfectoraux. Les équipementiers intoxiqués donnent une version accablante des faits. Équipementiers et archers intoxiqués dénoncent les logisticiens préfectoraux. Le drame des douze archers intoxiqués. Logistique toxique : la contagion continue. La préfecture intoxique ses archers. Les révélations des équipementiers intoxiqués. La logistique des intoxications. La vérité sur l’intoxication des équipementiers. Les archers face aux équipementiers intoxiqués : l’heure de vérité. Les flèches intoxiquées retrouvées dans les sous-sols des services préfectoraux de logistique. Les logisticiens embarrassés par la découverte de flèches intoxiquées. Les flèches des logisticiens préfectoraux : la polémique. Des logisticiens mal intentionnés. L’intoxication des équipementiers. Les équipementiers préfectoraux mis hors de cause. Les douze archers préfectoraux toujours intoxiqués. Intoxication des douze archers préfectoraux : l’horreur. Équipementiers et logisticiens font face à l’intoxication. Le silence des commis préfectoraux. L’embarras dans les préfectures intoxiquées. Intoxicante logistique. La prise d’indépendance des archers. Vers l’autogestion des équipementiers ? Le poison logistique. Les nouvelles flèches. Intoxication des archers préfectoraux : comment éviter que le pire se reproduise ?
mardi 27 juin 2006
je suis injuste, autant que tu es trop peu précise, tes cheveux, ta blondeur te rendent imprécise, tu es, crois-tu, authentique, tu es, crois-tu, naturellement juste, je danse avec beaucoup d'injustice, je me serre trop près de toi, je tourne trop, ce n'est pas juste, je te laisse étourdie, tu cherches ton naturel, tu cherches juste ta simplicité, je vais trop vite, je vais plus vite que les autres, et je vais aller encore plus vite, je vais trop devant, on voit que tu deviens rouge, on voit que tu es au bord de perdre ta simplicité, ton naturel, ton authenticité, tu ne sais pas comment me modérer, ta justice manque d'éloquence, tu essaies juste de rester neutre, tu n'ouvres les yeux que lorsque tu as le dos tourné, juste le temps de me demander d'aller plus doucement, de me calmer, d'en faire moins, je m'assois sur tes cheveux, tu es trop blonde et imprécise, tu ne peux pas te relever à temps sans t'arracher les cheveux, coinçés sous mes pieds, ce n'est pas juste, alors tu continues avec moins de cheveux, tu essaies de rester naturelle, simple surtout, tu aimes la simplicité, la simplicité garantit, crois-tu, la justesse, c'est pour ton bien si je t'arrache les cheveux, c'est injuste, mais comme ça tu parais plus précise, jusque tes mains en profitent, avec moins de cheveux, tu sembles moins mauvaise, tu cesses presque d'être vulgaire, tu te dégrossis un peu, je suis injuste avec toi, mais tu me remercieras, dans pas très longtemps, tu ne lis pas de livres pour être juste, tu crois avoir le sens naturel de la justice, tu sais, crois-tu, repérer les injustices, tu respectes les gens qui lisent, mais tu n'as pas besoin de lire, tu sais d'avance tout cela, tu sais sentir, tu sens, crois-tu, ce qui est naturel, pourtant tu as peur de l'injustice, elle te rend taciturne et tourmentée, tu bégaies, tu ne sais pas dénoncer l'injustice, tu perds tes moyens, tu te touches les cheveux, tu les arranges, c'est pour ça que l'injustice te fait peur, tu ne sais pas trop parler, tu rougis, tu faiblis, tu essaies de rester neutre, tu essaies de réagir avec justesse, tu sais, crois-tu, être juste présente, tu aimes être présente, tu penses que tu n'as pas besoin de parler, tes gestes, penses-tu, se passent de mots, tu aimes être présente, surtout avec lui, tu sens que tu accèdes à une forme supérieure de justice, à une neutralité juste, tu aimes être présente avec lui, il te fait oublier que tu n'es pas précise, il a quelque chose mais il sait rester naturel, je te retrouve après lui, je démolis tes efforts et ses efforts, tu essaies de rester neutre quand tu me retrouves, tu es pourtant excessivement rouge, tu deviens paniquée, tu essaies de te rappeler ces beaux hommes naturels que tu as vu l'autre soir, tu essaies de les imiter, tu voudrais danser avec eux, tu es trop juste pour me maudire, tu essaies de rester calme, tu n'aimes pas l'injustice, tu ne comprends plus pourquoi ton combat pour la justice est si peu récompensé, tu veux rester au milieu, tu ne veux pas aller si près des gens, je fais exprès d'être injuste, de frôler les gens, de te serrer si fort les poignets que tu ne peux pas te retourner, de te coincer la nuque, de te porter si longtemps que tu as le vertige, tu veux garder une forme de froideur et de distance, tu veux rester calme et neutre, tu voudrais te cacher au milieu, mais je ne te laisse pas la possibilité de chosir, je prends toutes les décisions, à nouveau les plus nuisibles pour toi, les plus injustes, je veux que l'on voit que tu es rouge, que tu es lourde, je suis injuste avec toi pour que l'on voit comment tu essaies de rester neutre, comment tu essaies de garder une certaine justesse dans ton interprétation.
dimanche 25 juin 2006
Y a-t-il une possible marque du quintuple ? Peut-on quintupler le marqué le non marqué ? Que démarque le quintuple ? A quel moment démarqué est-il quintuplé ? Peut-on quintupler le plié le tendu ? Etiré est-il la marque quintuplée du tendu ? Pointé est-il la marque quintuplée multipliée du tendu d’étiré ? Crispé multiplie-t-il la marque du tendu du pointé du visé du durci du pointu ? Pointu quintuple-t-il le pointé ? A quel moment pointu est-il le multiplié de pointé de saigné ? Dur est-il une multiplication du tiré du tendu ? Verrouillé est-il un multiple du marqué du serré du tendu du saigné? Tendu, étiré, déplié, pointé, droit sont-ils des multiples des quintuples du marqué du noté du sué ? Est ce que multiplié est quintuplé ? Est-ce que coïncidé est décalé ? Est-ce que choisi cinq fois est déjà multiplié ? Est-ce marqué cinq fois est quintuplé ? Est-ce que marqué quintuplé décalé saigné et pointé deviennent cinq fois plus marqués, cinq fois plus verticaux, cinq fois plus profonds, cinq fois plus transversaux, cinq fois moins binaires, cinq fois plus sagittaux, cinq fois plus puissants, projetés, admirables ? Est-ce que le plié le mou le flasque le détendu sont les multiples du non marqué ? Est-ce que déplié multiplie le relâché ? Est-ce que coupé est mou ? Est-ce que sectionné est tendu ou détendu ? Est-ce qu’amputé est un multiple du quintuple ? Est-ce qu’amputé et pointé sont proportionnellement coefficientés ? Est-ce que pointu multiplie le cassé le fêlé l’ébréché le blessé ? Est-ce que le quintuple d’amputé est marqué ou non marqué ? Est-ce qu’amputé est pointé est saigné est sué est démarqué ? Est-ce qu’amputé est quintuple ou doublé ? Est-ce que rond multiplie le non marqué, l’amputé, le mou, l’oxygéné ? Est-ce qu’oxygéné est un multiple de pointé ? Est-ce qu’oxygéné est un coefficient du quintuple ? Qu’est-ce qu’oxygéné multiplie ? A quel exposant oxygéné et amputé s’appliquent ? Oxygéné et amputé sont-ils les multiples de plié et de tendu ? Détendu est-il démarqué ? Détendu est-il oxygéné plié crispé ? Détendu est-il liquide ? Est-ce que raide est un multiple possible ? Est-ce que bandé est un multiple de marqué de raide de pointé de marqué ? Est-ce que liquide démarque bandé ? Souple quintuple-t-il le liquide le mou le disponible le non marqué ? Est-ce que bandé est amputé ? Amputé est-il déjà multiplié de dur de dardant de victorieux de dressé ? Peut-on quintupler le dressé et l’abattu ? Descendu est-il une division de pressé ? Est-ce que la pression artérielle est une marque comptabilisable ? Est-ce que les graphiques restent lisibles ? A quels seuils deviennent-ils incompréhensibles ? A partir de quel multiple du quintuple deviennent-ils cinq fois trop complexes ? Cinq fois trop épais ? Cinq fois trop grands pour l’écran ? Cinq fois démesurés ? A quels moments les courbes redeviennent cinq fois trop dures, cinq fois trop raidies, cinq fois trop marquées, cinq fois trop ennuyeuses, cinq fois trop dangereuses, cinq fois trop nues ? A quel moment le mou marque-t-il le pointé? A quel moment ouvert est saturé ? A quel moment désarticulé est un nombre parfait ? A quel moment désarticulé ne peut plus être marqué ? A quel moment désarticulé ne peut même plus être non marqué ? A quel moment embrassé est découpé ? A quel moment embrassé est non marqué, est tendu, est ouvert ? A quel moment embrassé est oxygéné ? A quelle condition embrassé est démarqué et marqué ? A quelle condition sécrété est quintuplé ? A quelle condition quintuplé est embrassé est salivé est sécrété ? A quelle condition multiplié est embrassé ? A quelle condition est-on multiplié ? A quelle condition les multiples deviennent-ils incompatibles entre eux ?
jeudi 22 juin 2006
Juste trente huit minutes avant que l'écran ne s'endorme, ne se noircisse, ne se mutine.
premier Campari
première visite à Lille
premiere nuit dans un train de nuit
première fois à Berlin
premiers fenouils crus
premiers ceinturons
premier vélo de course
première piscine flottant sur un fleuve
première danse avec un enfant
première dent de sagesse extraite
première substitution d'identité complexe et parfaitement réussie
premier concert de clavecin solo
première soutenance
premier symposium
première nuit entière dans un sauna
premier festival
premier allemand
première visite à Lille
premiere nuit dans un train de nuit
première fois à Berlin
premiers fenouils crus
premiers ceinturons
premier vélo de course
première piscine flottant sur un fleuve
première danse avec un enfant
première dent de sagesse extraite
première substitution d'identité complexe et parfaitement réussie
premier concert de clavecin solo
première soutenance
premier symposium
première nuit entière dans un sauna
premier festival
premier allemand
samedi 17 juin 2006
Au front, maintenu sec, auprès des ventilations, apposé (forcé) contre les genoux ou mieux contre l’anse dure et harmonieuse des deux tibias réunis ou, aussi contre sa propre cuisse, au front des crânes tatoués ou sculptés des petits robots métisses qui se décoordonnent à nos côtés, au front bleuis des ami.e.s par trop de maladresses ornementales (l’ornementation nécessite un minimum d’intuition – certainement la seule pratique qui en exige), au front tombant de mes étudiant.e.s presque anglais, au front des franges sur-entretenues ;
je suce le front de momies, de travesties microscopiques sud-africaines vivant comme de vieilles somités japonaises, je suce le front des amis râpeux :
/// des débroussailleuses, chaleureusement soutenues par des techniciennes d’usinages, chantournent, effraient le danger, le mouillent, le laissent fondre, le dissolvent. Jouent à la fronde. ///
En représailles, j’accuse maintenant les petites filles trop agaçantes (effrontées ?) d’être des petits garçons : arme redoutable, évidemment. Et, vexées et abattues, se compriment, mieux que moi, la tyroïde, qui vient s’étaler sur leurs sternums, leurs plexus, leurs petits muscles. C’est impressionnant (et très sain pour elles).
Alors qu’ici, je dois me transformer en montagne, convoquer des ruisseaux,les orienter sur mes versants, les répartir, décrire à mon entourage les mouvements, presque les tremblements de terre ou les plissements de croûte voire les révolutions géologiques, je dois entendre une femme mince et de los angeles ne parler qu’anglais, qu’avec des infinitifs, prononcés avec un débit continuellement très rapide et manifestant beaucoup de suspicion à mon égard, je dois partager les sources (d'eaux), prendre des potions effroyablement surdosées et même les prendre en double, pour espérer former quelques nuages, quelques pluies qu’il s’agit alors d’exprimer par les compressions recherchées.
Finalement, je prends des avis auprès des femmes regroupées en option non traditionnelles, nous nous mettons à la ferblanterie, à l'ingénierie et au débardage, sans plus trop nous soucier de l'équité de la répartition entre les compressions frontalement sagittalement transversalement de nos glandes.
je suce le front de momies, de travesties microscopiques sud-africaines vivant comme de vieilles somités japonaises, je suce le front des amis râpeux :
/// des débroussailleuses, chaleureusement soutenues par des techniciennes d’usinages, chantournent, effraient le danger, le mouillent, le laissent fondre, le dissolvent. Jouent à la fronde. ///
En représailles, j’accuse maintenant les petites filles trop agaçantes (effrontées ?) d’être des petits garçons : arme redoutable, évidemment. Et, vexées et abattues, se compriment, mieux que moi, la tyroïde, qui vient s’étaler sur leurs sternums, leurs plexus, leurs petits muscles. C’est impressionnant (et très sain pour elles).
Alors qu’ici, je dois me transformer en montagne, convoquer des ruisseaux,les orienter sur mes versants, les répartir, décrire à mon entourage les mouvements, presque les tremblements de terre ou les plissements de croûte voire les révolutions géologiques, je dois entendre une femme mince et de los angeles ne parler qu’anglais, qu’avec des infinitifs, prononcés avec un débit continuellement très rapide et manifestant beaucoup de suspicion à mon égard, je dois partager les sources (d'eaux), prendre des potions effroyablement surdosées et même les prendre en double, pour espérer former quelques nuages, quelques pluies qu’il s’agit alors d’exprimer par les compressions recherchées.
Finalement, je prends des avis auprès des femmes regroupées en option non traditionnelles, nous nous mettons à la ferblanterie, à l'ingénierie et au débardage, sans plus trop nous soucier de l'équité de la répartition entre les compressions frontalement sagittalement transversalement de nos glandes.
mardi 9 mai 2006
ROMAN DE GUERRE
Au moment où les affinités se déclarent, où les regroupements se politisent, où les moustaches en sueur s’accolent fraternellement au moment des embrassades de fin de réunions, au moment où les urgences, les grandes causes, les discours tremblant d’émotions font émerger les charismes, maquillent les yeux de certain.e.s et couvrent de honte les viasges des autres, au moment où les mensonges, les alliances, les apostasies grandiloquentes, les excommunications, les saltos, les culbutes déchaînent les compérages, les frottements, les poils-à-poils confiants et les cohabitations lumineusement précaires, £ caresse plus que les autres ne le font, caresse les plus minces, les moins maquillé.e.s, les moins brillant.e.s, les moins vibrant.e.s, les moins sûr.e.s des connivences affinitaires, les moins prompt.e.s à reconnaître les moustaches bienveillantes, les moins habitué.e.s à ce que les transpirations militantes, les discours virils et les attouchements politiques les détendent, les moins habitué.e.s à guetter les prolongements nocturnes des votes de la journée, £ les enveloppe, leur explique son point de vue, les réchauffe, leur offre des livres, les masse, les enivre, les aime, les protège, les embrasse entre ses larges épaules, les guide, les flatte, les présente, les trouble.
Pendant les assemblées générales, extraordinaires et ordinaires, pendant les commissions, les plénières, les paritaires, les non-mixtes, les représentatives, les célébrations, pendant les cérémonies (informelles), pendant les réunions préparatoires, pendant les conciliabules palpitants et décisifs, pendant les apéritifs sororaux (et fraternels), lorsque les bières mouillent et adoucissent les moustaches, pendant les colloques, les séminaires, les universités estivales, les conférences publiques, pendant les votes, pendant les prises de paroles, £ est plus grand que les autres, s’irrite plus, s’échauffe plus, s’avance, se retire, sue, s’enroue, séduit, tempête ; £ s’offre tout entier, se bat corps et âmes, jette son corps dans la bataille, n’y va pas par quatre chemins, met du cœur à l’ouvrage ; £ cligne et opine vers les plus jeunes, les plus indécis.e.s, les plus pâles, les plus tremblant.e.s et les moins loquaces ; £ clame ses convictions avec d’autant plus d’ardeur, de générosité, de fougue, d’entêtement, de brio, de talent qu’il réserve des œillades arbitraires et discrétionnaires et dominatrices et irrésistibles aux plus doux.douces, aux plus perdu.e.s, aux plus soumis.es, aux plus joli.e.s, aux plus évanescent.e.s.
£ n’est pas ou pas seulement un mauvais homme politique, un mauvais syndicaliste, un mauvais directeur, un mauvais cardinal, un proviseur pédophile, un professeur aux mœurs douteuses qui abuse de son pouvoir pour séduire et escroquer de jeunes précaires, ébloui.e.s et impressionné.e.s, qui se sert de sa stature pour rallier les crédules. £ n’est pas misérable, n’est pas isolé, n’est pas criminel, n’est pas déséquilibré. £ est officiellement et réellement et sincèrement brillant, aime vraiment les textes qu’il défend en sueur, n’est pas cynique, n’est pas seul, n’est pas fourbe, n’est pas cauteleux. £ fait surtout des discours, des chansons, des programmes, et fait le directeur épisodiquement, £ fait surtout l’enragé, le révolté piégé, commet quelques viols, quelques séquestrations, quelques enlèvements, et fait surtout le meneur, le séducteur, le savant, l’amoureux.
Pendant les assemblées générales, extraordinaires et ordinaires, pendant les commissions, les plénières, les paritaires, les non-mixtes, les représentatives, les célébrations, pendant les cérémonies (informelles), pendant les réunions préparatoires, pendant les conciliabules palpitants et décisifs, pendant les apéritifs sororaux (et fraternels), lorsque les bières mouillent et adoucissent les moustaches, pendant les colloques, les séminaires, les universités estivales, les conférences publiques, pendant les votes, pendant les prises de paroles, £ est plus grand que les autres, s’irrite plus, s’échauffe plus, s’avance, se retire, sue, s’enroue, séduit, tempête ; £ s’offre tout entier, se bat corps et âmes, jette son corps dans la bataille, n’y va pas par quatre chemins, met du cœur à l’ouvrage ; £ cligne et opine vers les plus jeunes, les plus indécis.e.s, les plus pâles, les plus tremblant.e.s et les moins loquaces ; £ clame ses convictions avec d’autant plus d’ardeur, de générosité, de fougue, d’entêtement, de brio, de talent qu’il réserve des œillades arbitraires et discrétionnaires et dominatrices et irrésistibles aux plus doux.douces, aux plus perdu.e.s, aux plus soumis.es, aux plus joli.e.s, aux plus évanescent.e.s.
£ n’est pas ou pas seulement un mauvais homme politique, un mauvais syndicaliste, un mauvais directeur, un mauvais cardinal, un proviseur pédophile, un professeur aux mœurs douteuses qui abuse de son pouvoir pour séduire et escroquer de jeunes précaires, ébloui.e.s et impressionné.e.s, qui se sert de sa stature pour rallier les crédules. £ n’est pas misérable, n’est pas isolé, n’est pas criminel, n’est pas déséquilibré. £ est officiellement et réellement et sincèrement brillant, aime vraiment les textes qu’il défend en sueur, n’est pas cynique, n’est pas seul, n’est pas fourbe, n’est pas cauteleux. £ fait surtout des discours, des chansons, des programmes, et fait le directeur épisodiquement, £ fait surtout l’enragé, le révolté piégé, commet quelques viols, quelques séquestrations, quelques enlèvements, et fait surtout le meneur, le séducteur, le savant, l’amoureux.
lundi 1 mai 2006
Victoria Chiu
Pendant une scène de la pièce - une scène de torture - ma partenaire, Victoria Chiu, appuie son pied sur mes lombaires, afin de me maintenir allongé au sol, et ramène ma tête, par les mâchoires et par les cheveux, vers elle et vers le haut, arquant ainsi intensément, et de force, mon dos vers l'arrière. Ce mouvement prend place, de manière spécialement cohérente, dans mon projet de cambrure. Je concentre en effet actuellement tout mon entraînement autour de la cambrure dynamique de mon corps vers l'arrière : on craint trop souvent de replier l'arrière du corps, alors qu'on abuse trop souvent de la flexion vers l'avant.
A un autre moment, pendant lequel je suis allongé sur le dos, Victoria Chiu s'assoit sur mon ventre, étend sa jambe gauche sur mon bras gauche, alors déplié sur le côté, et enserre soudainement, entre ses deux bras, nos trois jambes, dressées vers le plafond - soit : mes deux jambes et sa jambe droite. Puis, plus tard, alors que je suis toujours allongé sur le dos, Victoria Chiu s'assoit de profil sur la face interne de ma jambe gauche, parallèle au sol mais surélevée par la pression de mes orteils, et s'adosse contre ma jambe droite, verticale. Alors, j'abaisse ma jambe droite jusqu'à former un angle de 180° entre mes deux jambes (le grand écart) ; ce mouvement fait basculer Victoria Chiu de la position assise à la position allongée, comme si elle reposait sur un transat, qu'elle inclinerait à sa convenance.
Victoria Chiu a une étrange gestion de son corps. Elle manifeste une désinvolture toute choquante à l’égard de certaines parties de son corps : ses bras en général, et spécialement ses poignets et les articulations de ses doigts sont complètement abandonnés, un peu tordus, très limités dans l’amplitude de leurs possibilités de mouvement ; ses genoux aussi sont vagues, hésitants et souvent empêtrés ; à l’inverse, elle déploie, dans certains mouvements périlleux, dangereux, acrobatiques et spectaculaires, une force admirable : elle peut se propulser sur ses mains, sauter complètement arquée ; ses cuisses et son ventre cachent aussi une vigueur terrifiante : elle peut, allongée sur le dos, les jambes pointées vers le haut, soutenir et mouvoir mon corps lourdement inerte reposant sur ses pieds, elle peut me transférer sur un seul de ses pieds, réagencer les parties de mon corps en faisant glisser séparément ses jambes, Victoria Chiu peut même porter à l’oblique basse ses jambes en me maintenant alangui sur ses pieds, supportant ainsi toute la pesanteur que l’aplomb de ses jambes absorbait.
Victoria Chiu acquiesce souvent ; je ne sais jamais si la continuité spectaculaire de son approbation n’est qu’une habitude australienne (voire américaine), d’opiner verbalement à tous les propos de son interlocuteur, ou si c’est la marque d’une réelle adhésion à chacune de mes remarques. Je pense en fait plutôt qu’elle acquiesce ainsi avec un tel zèle pour se dispenser de rentrer réellement dans la conversation.
A un autre moment, pendant lequel je suis allongé sur le dos, Victoria Chiu s'assoit sur mon ventre, étend sa jambe gauche sur mon bras gauche, alors déplié sur le côté, et enserre soudainement, entre ses deux bras, nos trois jambes, dressées vers le plafond - soit : mes deux jambes et sa jambe droite. Puis, plus tard, alors que je suis toujours allongé sur le dos, Victoria Chiu s'assoit de profil sur la face interne de ma jambe gauche, parallèle au sol mais surélevée par la pression de mes orteils, et s'adosse contre ma jambe droite, verticale. Alors, j'abaisse ma jambe droite jusqu'à former un angle de 180° entre mes deux jambes (le grand écart) ; ce mouvement fait basculer Victoria Chiu de la position assise à la position allongée, comme si elle reposait sur un transat, qu'elle inclinerait à sa convenance.
Victoria Chiu a une étrange gestion de son corps. Elle manifeste une désinvolture toute choquante à l’égard de certaines parties de son corps : ses bras en général, et spécialement ses poignets et les articulations de ses doigts sont complètement abandonnés, un peu tordus, très limités dans l’amplitude de leurs possibilités de mouvement ; ses genoux aussi sont vagues, hésitants et souvent empêtrés ; à l’inverse, elle déploie, dans certains mouvements périlleux, dangereux, acrobatiques et spectaculaires, une force admirable : elle peut se propulser sur ses mains, sauter complètement arquée ; ses cuisses et son ventre cachent aussi une vigueur terrifiante : elle peut, allongée sur le dos, les jambes pointées vers le haut, soutenir et mouvoir mon corps lourdement inerte reposant sur ses pieds, elle peut me transférer sur un seul de ses pieds, réagencer les parties de mon corps en faisant glisser séparément ses jambes, Victoria Chiu peut même porter à l’oblique basse ses jambes en me maintenant alangui sur ses pieds, supportant ainsi toute la pesanteur que l’aplomb de ses jambes absorbait.
Victoria Chiu acquiesce souvent ; je ne sais jamais si la continuité spectaculaire de son approbation n’est qu’une habitude australienne (voire américaine), d’opiner verbalement à tous les propos de son interlocuteur, ou si c’est la marque d’une réelle adhésion à chacune de mes remarques. Je pense en fait plutôt qu’elle acquiesce ainsi avec un tel zèle pour se dispenser de rentrer réellement dans la conversation.
jeudi 20 avril 2006
il y a quelques jours, j'ai voyagé avec l'infirmier de nijinski, dans un train transpercant la suisse - montreux oberland bernois - , il se souvenait surtout de romola nijinski, la femme de nijinski, il a soigné nijinski à genève pendant quelques semaines, au moment où nijinski, accompagné de sa femme, sillonnait l'europe des hôpitaux psychiatriques, il m'a demandé si j'étais un peu comme diaghilev, il nous a décrit le paysage entre montreux et zweisimmen, il prend toutes les semaines ce train à montreux à 14h55, je reprendrai ce train au début de juin pour le retrouver,il est collectionneur de peintures et il est abonné à la gazette de l'hôtel drouot, pendant le trajet - qu'il effectue donc au moins hebdomadairement - ses ami.e.s sortent dans leur jardin au moment où le train passe pour le saluer, il a un abonnement général, ce qui, en suisse, donne l'accès illimité à tous les moyens de transports collectifs nationaux (bus, trains, bateaux), il est veuf,
mercredi 19 avril 2006
flambé les visages et nous avons dansé, raidi nos côtés, comprimé nos rachis, et nous sommes restés inaudibles,
je ne le supporte qu'asséché, jugulé, étranglé, rasé, je n'aime que ses cadences régulières, stables, sans arts ni variations ni inventivités, je ne le supporte que muet et rapide, sans intention, sans arrogance à cracher, sans sentiment à déverser, je ne le supporte que lorsque ses mains sont dures, froides et blasées, je n'aime pas sa curiosité et sa bienveillance interminable
je ne le supporte qu'asséché, jugulé, étranglé, rasé, je n'aime que ses cadences régulières, stables, sans arts ni variations ni inventivités, je ne le supporte que muet et rapide, sans intention, sans arrogance à cracher, sans sentiment à déverser, je ne le supporte que lorsque ses mains sont dures, froides et blasées, je n'aime pas sa curiosité et sa bienveillance interminable
lundi 17 avril 2006
ce sont ici les visages électrifiés, foudroyés, montagneux, plissés, empourprés ; la tristesse planante et, déjà, les divas chiliennes qui surgissent aux terrasses, les ami.e.s collègues roussi.e.s par le printemps et déjà enlisé.e.s ; les prises, les marquages, les délais, les crocs, les rencontres faîtières,
les étreintes immobiles, figées, glacées, rocailleuses rêvées loin de paris se réchauffent déjà très vite, grésillent, s'allument, se compliquent, se desserrent ; la raideur épuisée et contrainte s'adoucit déjà, mollit civilement au contact de grands corps motorisés ; et fument, ondulent les essences brûlées, déjà ; s'éloignent déjà les perspectives minérales et stériles,
je rêvai pourtant de revenir ici transformé, mué, en canard conquérant, colvert inévitable, glissant sur les fleuves, concurrencant en grâce, je rêvai de former quelque colonie formidable avec des ami.e.s cygnes et poules et foulques, de devenir inaccessible, élégant, aquatique,
je n'en ai gardé qu'une colerette lunaire, argentée, japonaise et inestimable
ici, ce sont déjà les grands sabres, d'immenses tôles tronçonnées, des nuages métalliques et irrespirables, je fais des lectures et des projets sanguinaires et j'imagine des futurs enragés,
ce sont déjà les laitages solidifiés, pourris, transformés, méconnaissables, émancipés et intouchables, ce sont déjà les membres entiers - plus seulement les doigts, mais aussi les hanches, les biceps, les mollets - envahis, décorés de verrues blanches et gonflées ; ce sont ici les ondes soniques et radiales, jaillissant de sources invisibles et fédératrices,
les étreintes immobiles, figées, glacées, rocailleuses rêvées loin de paris se réchauffent déjà très vite, grésillent, s'allument, se compliquent, se desserrent ; la raideur épuisée et contrainte s'adoucit déjà, mollit civilement au contact de grands corps motorisés ; et fument, ondulent les essences brûlées, déjà ; s'éloignent déjà les perspectives minérales et stériles,
je rêvai pourtant de revenir ici transformé, mué, en canard conquérant, colvert inévitable, glissant sur les fleuves, concurrencant en grâce, je rêvai de former quelque colonie formidable avec des ami.e.s cygnes et poules et foulques, de devenir inaccessible, élégant, aquatique,
je n'en ai gardé qu'une colerette lunaire, argentée, japonaise et inestimable
ici, ce sont déjà les grands sabres, d'immenses tôles tronçonnées, des nuages métalliques et irrespirables, je fais des lectures et des projets sanguinaires et j'imagine des futurs enragés,
ce sont déjà les laitages solidifiés, pourris, transformés, méconnaissables, émancipés et intouchables, ce sont déjà les membres entiers - plus seulement les doigts, mais aussi les hanches, les biceps, les mollets - envahis, décorés de verrues blanches et gonflées ; ce sont ici les ondes soniques et radiales, jaillissant de sources invisibles et fédératrices,
dimanche 2 avril 2006
La mare
Les sirops expectorants ternissent mes fièvres brûlantes et magnifiques, les médecins suisses offrent les médicaments aux étranger.e.s, j’aurais dû me méfier d’une si suspecte générosité ; en Suisse, on ne tue pas les fièvres par des antipyrétiques connus, minéraux, placides et francs : on me fait me gargariser d’étranges ‘fébrifuges’, je dois garder la potion trouble quelques moments en bouche, la faire bouillonner, flatter sa perfidie… et la fièvre se dessèche, toussote, agonise mollement, fuit littéralement, misérablement et sans guerre…
Mais je n’oublie pas les éclairs violacés des eaux lémaniques qui m’ont ébloui et échauffé, ses brumes dansant avec les cimes, ses nettetés littorales, et ses canards et ses cygnes, aux cous giratoires admirables.
Et mes ami.e.s des Pâquis citronnent ma convalescence, narguent ma gorge cadenassée de soies enflammées en se dépoitraillant glorieusement, aidé.e.s par l’heure d’été et le printemps.
Mais je n’oublie pas les éclairs violacés des eaux lémaniques qui m’ont ébloui et échauffé, ses brumes dansant avec les cimes, ses nettetés littorales, et ses canards et ses cygnes, aux cous giratoires admirables.
Et mes ami.e.s des Pâquis citronnent ma convalescence, narguent ma gorge cadenassée de soies enflammées en se dépoitraillant glorieusement, aidé.e.s par l’heure d’été et le printemps.
lundi 13 mars 2006
GENEVE
A présent, je deviens redoutable, mes cuisses, à force de se fléchir, de s'étendre, de se repousser vers l'arrière, de s'absorber, de se contracter, deviennent infaillibles, inamovibles, infatigables et imprévisibles, mon squelette devient rebondissant, oublie lordoses et scolioses et s'arque stratégiquement pour mieux soutenir les coups et les gestes des muscles, mes bras gonflent certes moins que mes cuisses, sont un peu moins puissants que les cuisses mais se compactent, s'emplâtrent, s'affinent, se dirigent avec une force terrifiante, tant ils se déploient, portent, frappent, désignent avec assiduité, mes pieds aussi s'élancent de mieux en mieux, de plus en plus vite, leur prestesse encourage leur force, tout mon corps, soutenu par douze autres corps, engagés dans les mêmes activités (tou.te.s ne se renforcent cependant pas tant...), s'électrifie, s'accélère, se remplit, se prépare, rugit. Par moments, je m'inquiète de cette capitalisation, de cette accumulation de tant de forces, de tant de facultés, d'une telle génération, d'une telle productivité bouillonante, d'une telle robustesse, si rapidement augmentée, je m'inquiète d'un tel emballement. Pour l'instant, je rentabilise et je stabilise ces richesses subites, j'imagine des travaux de joaillerie, je compte rapidement travailler et ravager des diamants, tailler des pierres précieuses, scruter les scintillements chers de quelque bijou...
/./././././././././././././././.
Pour l'instant, à Genève, nous lançons tou.te.s nos énergies, éperdument, dans une seule même direction, nous espérons qu'elle sera bonne, c'est émouvant de voir un flux à ce point saturé de soutiens, d'engagements et d'acquiescements... Nous n'avons apparemment aucune autonomie, mais la programmation de notre inertie ou de notre dépendance est, à l'évidence, en train de se prendre à son propre piège... Pour l'instant pas de grandes rébellions, ni de trahisons, ni de révélations, ni de clans ni de courroux, certes, mais les organisations de résistances abdominales efficaces, les pillages d'expertises et les exercices de vigilance me permettent de préparer d'époustouflantes perspectives...
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Pour l'instant, à Genève, nous lançons tou.te.s nos énergies, éperdument, dans une seule même direction, nous espérons qu'elle sera bonne, c'est émouvant de voir un flux à ce point saturé de soutiens, d'engagements et d'acquiescements... Nous n'avons apparemment aucune autonomie, mais la programmation de notre inertie ou de notre dépendance est, à l'évidence, en train de se prendre à son propre piège... Pour l'instant pas de grandes rébellions, ni de trahisons, ni de révélations, ni de clans ni de courroux, certes, mais les organisations de résistances abdominales efficaces, les pillages d'expertises et les exercices de vigilance me permettent de préparer d'époustouflantes perspectives...
lundi 6 mars 2006
samedi 25 février 2006
#VERS#LA#SUISSE#
Les jambes aspirées par des collants, les cuisses forcies par les entraînements de ballet, de jazz, la bicyclette, la course, les gages, et les bottes, elles-mêmes destinées à exposer ma puissance crurale,
les membres alternativement liés, ligotés, ouverts, manipulés, endommagés, menottés, surélevés, la pilosité brièvement irritée, excitée par des momifications modernes, rapides, chimiques, chorégraphiques, torves - je ne suis pas une momie pointue - ,
J'ai été engourdi puis ravi puis excité puis accablé puis amusé par les frottements, la gratte et les crissements de mes liens, épuisé et extasié de me débattre, de m'extraire de l'emprise des scotchs, des métaux, des cordelettes poignantes, enchanté et transporté, comme l'ont été mes spectateurs, Je prévois très vite la station en sarcophage, l'enraidissement des bandelettes, et la dramatisation générale du processus,
alors, mais, pour l'instant, Je pars demain exporter la morgue d'une momie, l'infidélité, l'antipathie, la Froideur (glaciale, glaçante, arrogante, effrayante), la duplicité, l'avarice, le féminisme, l'érotisme éqyptophile,
Je pars demain vivre en Suisse,
Je pars demain habiter presque Rue de Berne, presque la Rue de Grisélidis Réal, Je pars demain m'intoxiquer, m'hydrater à l'Aiglon, Je pars demain trembler sur les traces des Passes Imaginaires, bouillir de joie d'un voisinage si auguste, aimer la musique tzigane, et élargir, considérablement, mes relations, mon carnet d'adresses, mes ami.e.s,
Je pars demain travailler beaucoup, tracer des exclusivités, devenir un danseur fiable, virevoltant (au moins), fuyant et joyeux,
Je pars écrire un Roman de Guerre, une sorte d'agenda ennuyeux des revirements sentimentaux de mes protagonistes, de semainier attendu des contradictions psychologiques de chacun.e, d'observation émerveillée des polyphonies discordantes que chacun.e émet scrupuleusement, une sorte de manuel myopathique, de fresque criarde pleine d'abus de pouvoir, d'audace politique, d'illisibilité, de conseils diététiques, de théories géographiques,
Et évidemment, Je pars nager dans le lac, tournoyer dans les saunas municipaux, arpenter, tout fumant, les berges lacustres, et commettre le miracle (l'exploit!) de combiner une extrême puissance corporelle à une radicale mollesse musculaire.
Je pars aimer la Suisse, et la fuir tous les week-ends.
#########LA#MOMIE#DES#PÂQUIS##############
les membres alternativement liés, ligotés, ouverts, manipulés, endommagés, menottés, surélevés, la pilosité brièvement irritée, excitée par des momifications modernes, rapides, chimiques, chorégraphiques, torves - je ne suis pas une momie pointue - ,
J'ai été engourdi puis ravi puis excité puis accablé puis amusé par les frottements, la gratte et les crissements de mes liens, épuisé et extasié de me débattre, de m'extraire de l'emprise des scotchs, des métaux, des cordelettes poignantes, enchanté et transporté, comme l'ont été mes spectateurs, Je prévois très vite la station en sarcophage, l'enraidissement des bandelettes, et la dramatisation générale du processus,
alors, mais, pour l'instant, Je pars demain exporter la morgue d'une momie, l'infidélité, l'antipathie, la Froideur (glaciale, glaçante, arrogante, effrayante), la duplicité, l'avarice, le féminisme, l'érotisme éqyptophile,
Je pars demain vivre en Suisse,
Je pars demain habiter presque Rue de Berne, presque la Rue de Grisélidis Réal, Je pars demain m'intoxiquer, m'hydrater à l'Aiglon, Je pars demain trembler sur les traces des Passes Imaginaires, bouillir de joie d'un voisinage si auguste, aimer la musique tzigane, et élargir, considérablement, mes relations, mon carnet d'adresses, mes ami.e.s,
Je pars demain travailler beaucoup, tracer des exclusivités, devenir un danseur fiable, virevoltant (au moins), fuyant et joyeux,
Je pars écrire un Roman de Guerre, une sorte d'agenda ennuyeux des revirements sentimentaux de mes protagonistes, de semainier attendu des contradictions psychologiques de chacun.e, d'observation émerveillée des polyphonies discordantes que chacun.e émet scrupuleusement, une sorte de manuel myopathique, de fresque criarde pleine d'abus de pouvoir, d'audace politique, d'illisibilité, de conseils diététiques, de théories géographiques,
Et évidemment, Je pars nager dans le lac, tournoyer dans les saunas municipaux, arpenter, tout fumant, les berges lacustres, et commettre le miracle (l'exploit!) de combiner une extrême puissance corporelle à une radicale mollesse musculaire.
Je pars aimer la Suisse, et la fuir tous les week-ends.
#########LA#MOMIE#DES#PÂQUIS##############
##GR##
A deux, nous sommes devenus vraiment redoutables, nous avons mis au point une série de stratégies, offensives, balistiques, poliorcétiques, agressives, chimiques, Nous avons canalisé nos enthousiasmes, nos charmes et nos rires vers ce but, vers Elle, Nous avons tout subsumé sous cette grande Cause, Nous nous sommes emparé des moyens à notre disposition, abusé de notre pouvoir, rusé, Nous sommes aussi devenus très convaincants, convaincus, clergé souriant, inflexible garant de l'orthodoxie, fervents pourfendeurs des tentations des hérésiarques, Nous avons lapidé, ensorcellé, houspillé, apostats et incrédules, Nous avons commencé à réquisitionner quelques autres ami.e.s dociles et faibles, pour qu'ils maintiennent la continuité de la propagande,
J'ai inauguré des pélerinages, des pratiques dévotionnelles, des chemins sacrés,
Elle a récolté des reliques, capturé Sa voix, confisqué ses sueurs, ses cystites, ses séronégativités, ses Clients,
Nous avons conquis un pouvoir fou, délirant, infini, immense, en devenant les deux contrôleurs, indispensables, inévitables, les deux garanties surpuissantes, les seules à pouvoir et savoir attester de la qualité des Révolutions, à pouvoir et savoir disqualifier les Jaunes, les peureux, les pusillanimes, les seules à pouvoir et savoir reconnaître et distinguer les nouvelles beautés, les vins dignes d'être aimés, les pratiques dignes d'etre admirées, Nos réunions, nos salons ont acquis une audience colossale, nous nous sommes enrichi sur Son dos, nous sommes devenus des propriétaires, des sommités, des experts, des Sociologues, Nous avons continué son Oeuvre, surtout nous avons forcé, sécurisé, cadenassé l'Amour porté à son Travail, aidés en cela, par quelques professionnel.le.s, utiles cautions manipulé.e.s.
J'ai inauguré des pélerinages, des pratiques dévotionnelles, des chemins sacrés,
Elle a récolté des reliques, capturé Sa voix, confisqué ses sueurs, ses cystites, ses séronégativités, ses Clients,
Nous avons conquis un pouvoir fou, délirant, infini, immense, en devenant les deux contrôleurs, indispensables, inévitables, les deux garanties surpuissantes, les seules à pouvoir et savoir attester de la qualité des Révolutions, à pouvoir et savoir disqualifier les Jaunes, les peureux, les pusillanimes, les seules à pouvoir et savoir reconnaître et distinguer les nouvelles beautés, les vins dignes d'être aimés, les pratiques dignes d'etre admirées, Nos réunions, nos salons ont acquis une audience colossale, nous nous sommes enrichi sur Son dos, nous sommes devenus des propriétaires, des sommités, des experts, des Sociologues, Nous avons continué son Oeuvre, surtout nous avons forcé, sécurisé, cadenassé l'Amour porté à son Travail, aidés en cela, par quelques professionnel.le.s, utiles cautions manipulé.e.s.
lundi 6 février 2006
En Hollande, j’ai vu des bisons nains dans les dunes, Bu lait, bières, eaux des polders asséchés, lubrifiants (oil gun), flans, Entendu les Français.e.s s’indigner parce que Rembrandt ne faisait pas du Rembrandt, Percé les poussées d’acnés des nouveaux/nouvelles modèles de Rineke Dijkstra, Et aimé des individu.e.s maigres et tatoué.e.s et vénézuélien.ne.s.
dimanche 29 janvier 2006
Du 24 au 27 janvier, pendant 72 heures, FC et JS devaient macérer. Finalement JS a macéré 40 heures, FC 64 heures.
m a c é r a t i o n s
– d é – c o n f i t – u r e s –
– la silhouette amincie étirée, bossue des pressions exercées sur le squelette par l’alitement prolongé et la fonte musculaire, les yeux démaquillés défatigués et éteints, les cils transparents et blondis de l’alanguissement du rythme de leurs clignements, de la rareté des ébahissements qui auraient pu les activer, les oreilles internes navigantes, dansant à la mesure inverse de leur engourdissement, les pieds, surpris des mutations taxinomiques à l’œuvre en leur sein même – plus de calcanéums, de métatarses, d’orteils, de plantes, de faces internes et externes, juste une grosse, belle, emphatique malléole et deux orteils, robustes, simples, rustiques –, les jambes chancelantes, scintillantes, fourmillantes, maigres, les sueurs douces comme les sueurs des premières danses d’enfants, épaisses et calmées par leur rassemblement prolongé, inattendu et nouveau, logées juste à côté ou en deçà des plis qu’on imagine être leurs domiciles évidents, tenaces et conciliantes, les vêtements rêches, dans lesquels nous avons sympathiquement pris soin de nicher miettes, jus, pelures de carottes, sur lesquels les exhalaisons enragées endormies se sont fixées, les cheveux lustrés par les fibres, les laines, les châles, les capuches, les oreillers, les mains, les retournements, les sommeils, les perplexités, les caresses, gominés par le froid et la réclusion –

après 40 heures de macération, JS plonge dans le lac, déjà très calme, très aplati par les sommeils et les léthargies et les douceurs partagées, JS secoue les édredons, fait ricocher les draps froissés par les réajustements de nos rachis et de nos scolioses, affronte l’ennui et la contrainte, en révèle l’indigence, révèle l’improductivité intolérable du désoeuvrement, découvre la fin du stock de cigarettes – ou de feuilles à rouler – propulse le consensus du mutisme, de l’économie de gestes et lacère nos mines mimant l’ataraxie – la plénitude du vide – la profondeur de l’ennui – JS révèle (octroie ?) aux cigarettes – ou aux feuilles à rouler – une puissance motrice remarquable, y puise un prétexte affirmatif magistral. JS rôde, fragilise la lente construction de la cellule réfrigérée accueillant (bien mal stratégiquement) notre expérience de macération, la découvre, l’infiltre, la chahute
– les entrées précédentes de A et de J – attendues – inefficaces – ont été bien loin de faire ainsi frissonner les heures – elles nous ont juste fait penser, pour nous délasser des récits des perplexités budgétaires de nos voisin.e.s de chambre, à la côte cassée de J et à son émouvante postérité musicale –
JS a injecté drames et sentiments, a fait surgir la société prétendument ajournée, et a abattu une des fictions de la marinade-hors-du-monde

- la macération s’organisait sur quelques principes simples : claustration, exiguïté de l’endroit, autarcie, rudesse – pas de discipline trop assimilable à une sanction ou d’inventions trop durement créatives comme des momifications intégrales ou des bains abrasifs – mais amenuisement des stimulations sensorielles, appauvrissement de la diététique (pains – eau froide – carottes – pommes) ; quelques contraintes endogènes, volontairement vagues, larges, lâches, pas trop subordonnées à des rites – fantasmés ou réels : silence – privation de lecture et de toute production articulée, valorisation de l’immobilité, du dépôt, de la station allongée (comme pour des harengs marinant, la macération n’imposait pas une craintive immobilité figée : tous les réajustements, contacts et rapprochements étaient désignées comme bienvenus, seule la suractivité gestuelle était évitée) ; et bien sûr, maintien sous couettes et couvertures à l’intérieur d’un endroit frais, froid même comme l’est la saison. -
– L’objectif de cette macération n’était pas vraiment d’accéder, après un ramollissement général des chairs, à une sorte de pépite, qui aurait constitué le « meilleur de nous-même », le plus savoureux, le plus précieux, le plus véritable et le plus essentiel. La productivité était attendue à un autre niveau. Nous espérions pouvoir racler, récupérer une pellicule, une écume, un fumet qui aurait été le résidu des inventions relationnelles produites par le partage des contraintes et la coprésence intime et prolongée. Ce fumet serait, nous l’espérions, beaucoup plus inattendu, qu’une banale mixture de sueurs, larmes et semences, tangiblement générées par la macération. Ce fumet ne devait pas être inerte, détectable, soupesable, isolé. Ce devait être un fumet non-chimique ou plus que chimique, gestuel et mobile. -
- Les contraintes étaient pauvres – nous le savions mais ne voulions pas que le risque – qui était au final le seul risque pris – d’attester a posteriori de l’indigence du dispositif crainte a priori soit une raison suffisante pour renoncer à se soumettre à ces contraintes. Mieux valait, pensais-je, risquer de s’ennuyer durement que de traîner de longs mois une pesante idée, un peu butée, jamais validée mais jamais invalidée non plus. Mieux valait, pensais-je aussi, commencer avec un squelette de ‘contraintes’, une contrainte grotesque tant elle est affichée, référencée, lourde, ennuyeuse. Mieux valait commencer avec un paradigme mou, médiocre et inoffensif qu’enchaîné, quelques mois plus tard et à brule-pour-point à de lourdes bandes de latex, mis sous vacuum, aux mains de tortionnaires inconnus et inquiétants. Mieux valait se laisser dissoudre, séparer et ennuyer plutôt que s’endommager trop vite dans un sarcophage hermétique. –

sur les matelas mous, les oreillers décadents, et sous les couettes insistantes, le seul intérêt (hormis la joie engourdie de guetter les furoncles, alité dans une chambre entièrement couverte de voiles blancs pour réduire la puissance des stimulations sensorielles) à été de tester – de moduler – les températures, les courbes thermiques, leurs ruses, leurs mouvements, leurs chocs, leurs amitiés, leurs érotiques : nos ami.e.s ont tant cru à un scénario de réclusion passionnelle, de performance amoureuse et embrasée – il s’est juste agi en fait d’érotique thermique.
mais alors, macérer si longtemps, dans un tel désoeuvrement, nous a quand même plutôt refroidi, endurci, qu’amolli et pénétré de la moiteur du fumet. Il aurait fallu prévoir des marmites, des plantes, des dioxydes, des feux, des vapeurs, une sorte de sauna mutant, sauna prolongé, sous couettes et sous feuilles. Il aurait fallu se nourrir chaudement, abuser de sauces, de liants, de moelleux, de légumes, se laisser mijoter, bercer par quelque mains tierces et bienveillantes, il aurait fallu s’entourer, les cornichons ne macèrent jamais par deux, il aurait fallu créer des comités, alerter nos ami.e.s, soumettre des invitations, se montrer accueillants, inclusifs, chaleureux…
Maintenant, tout au moins, je suis prêt à affronter les sudisettes du futur, les accélérateurs de réchauffement, les échauffements passifs et immobiles, je suis prêt à inventer des micro-macérations éclairs, Blitzmacerazion redoutables, miniaturisées, transportables et démontables.
évidemment, la retraite ne m’a pas confronté à l’originaire, à la pureté, à ‘‘l’antiphrase insoluble de la genèse de nos personnalités’’ – évidemment, la discipline faible que je me suis imposée (résistance à la tentation alimentaire, résistance à l’ennui, à l’ankylose croissante des articulations, à l’affaiblissement général, mutisme, privation d’accès aux instances de communication) ne m’a pas beaucoup intéressé, ne m’a pas trans-figuré, ne m’a pas modifié, ne m’a pas rendu plus apte et plus disponible à la connaissance, ne m’a pas rapproché de quoi que ce soit, ne m’a pas donné envie de persévérer – évidemment, les exercices vulgarisés de contrôle du flux des idées, de concentration, et surtout de l’indépassable maîtrise respiratoire, m’ont traversé, ennuyé, assombri, éventuellement poussé au sommeil, mais rien de plus – évidemment, j’ai détesté la diète bancale, l’inhibition digestive qu’elle a provoqué, et les frustration et envie grotesques qu’elle a induites (par ailleurs et cependant, j’ai aimé remarquer que nous avions singulièrement surestimé notre soif et nos besoins en hydratation) – évidemment, quelques généalogies de souvenirs, inattendues et précises, ont surgi, sont venu un peu compliquer le flot des pensées banales mais vénérables, matérielles, professionnelles, sentimentales, logistiques, relationnelles labourant mes airs impassibles – évidemment aucune idée de génie, aucune solution inespérée, aucune intuition majestueuse n’a heurté la douce, moyenne, tranquille attente – quelques ‘idées’ dérisoires et suspectes m’ont animé, des ambitions fixes m’ont tenu éveillé –
après la disruption des 40 heures, la décision de JS de ne pas surmonter l’interminable cap des douze heures séparant la trente-sixième de la quarante huitième, de secouer la dramaturgie, jusque là admirablement plate, horizontale, stable, de se mutiner contre les effets débilitants et improductifs d’un consentement superficiel, des fiertés nouvellement nées sont venues regonfler mon organisme, comblé mais quand même ralenti – des objectifs, des planifications du court terme sont venu.e.s densifier et organiser les dernières heures de macération

le moment des rires blancs, de nos premières minutes effrayées, de nos gloussements déployés, harmonieux, parfaitement ‘à l’écoute’ (pour une fois), me faisant presque m’intéresser au thème de l’angoisse et de sa formidable proximité avec toutes sortes de motifs primordiaux, inaccessibles et envahissants, les premières minutes de l’effroi courroucé et délicieusement aveuglé par l’effet tangible de nos libertés – de cela, les dernières heures, seules, autonomes, indépendantes, se sont fort éloignées – récupérant quelques gouttes frelatées d’un alcool de squat, chronométrant les apnées, goûtant la froideur de l’isolement, de la légèreté célibataire, de l’aiguisement de mes désirs, de mes projets, me construisant quelque postérité ou célébrité fictive, vantant les bienfaits du rechargement énergétique, imaginant mes prochaines étreintes, leurs éclats, me délectant de quelques pensées bien connues du moment
– un observateur m’a fait remarquer le peu de cohérence de ma position de macérant isolé alors que mon objectif principal était – bien plus que l’expérience de ma transformation par la discipline – l’espoir de quelque chorégraphie relationnelle – ça a été en effet un peu le passage d’une parade amoureuse et thermique et toute à l’interaction à une self-maceration, exemplairement autarcique mais semblant déconfite autant que confite – mes prochaines macérations seront soit collectives (voire collégiales) soit individuelles (éventuellement assistées) –
- ce rapport (en cours de finalisation) ne concerne évidemment que mon expérience propre de macération – et toutes les informations sur JS, J, A … sont probablement largement erronées -
– d é – c o n f i t – u r e s –
– la silhouette amincie étirée, bossue des pressions exercées sur le squelette par l’alitement prolongé et la fonte musculaire, les yeux démaquillés défatigués et éteints, les cils transparents et blondis de l’alanguissement du rythme de leurs clignements, de la rareté des ébahissements qui auraient pu les activer, les oreilles internes navigantes, dansant à la mesure inverse de leur engourdissement, les pieds, surpris des mutations taxinomiques à l’œuvre en leur sein même – plus de calcanéums, de métatarses, d’orteils, de plantes, de faces internes et externes, juste une grosse, belle, emphatique malléole et deux orteils, robustes, simples, rustiques –, les jambes chancelantes, scintillantes, fourmillantes, maigres, les sueurs douces comme les sueurs des premières danses d’enfants, épaisses et calmées par leur rassemblement prolongé, inattendu et nouveau, logées juste à côté ou en deçà des plis qu’on imagine être leurs domiciles évidents, tenaces et conciliantes, les vêtements rêches, dans lesquels nous avons sympathiquement pris soin de nicher miettes, jus, pelures de carottes, sur lesquels les exhalaisons enragées endormies se sont fixées, les cheveux lustrés par les fibres, les laines, les châles, les capuches, les oreillers, les mains, les retournements, les sommeils, les perplexités, les caresses, gominés par le froid et la réclusion –

après 40 heures de macération, JS plonge dans le lac, déjà très calme, très aplati par les sommeils et les léthargies et les douceurs partagées, JS secoue les édredons, fait ricocher les draps froissés par les réajustements de nos rachis et de nos scolioses, affronte l’ennui et la contrainte, en révèle l’indigence, révèle l’improductivité intolérable du désoeuvrement, découvre la fin du stock de cigarettes – ou de feuilles à rouler – propulse le consensus du mutisme, de l’économie de gestes et lacère nos mines mimant l’ataraxie – la plénitude du vide – la profondeur de l’ennui – JS révèle (octroie ?) aux cigarettes – ou aux feuilles à rouler – une puissance motrice remarquable, y puise un prétexte affirmatif magistral. JS rôde, fragilise la lente construction de la cellule réfrigérée accueillant (bien mal stratégiquement) notre expérience de macération, la découvre, l’infiltre, la chahute
– les entrées précédentes de A et de J – attendues – inefficaces – ont été bien loin de faire ainsi frissonner les heures – elles nous ont juste fait penser, pour nous délasser des récits des perplexités budgétaires de nos voisin.e.s de chambre, à la côte cassée de J et à son émouvante postérité musicale –
JS a injecté drames et sentiments, a fait surgir la société prétendument ajournée, et a abattu une des fictions de la marinade-hors-du-monde

- la macération s’organisait sur quelques principes simples : claustration, exiguïté de l’endroit, autarcie, rudesse – pas de discipline trop assimilable à une sanction ou d’inventions trop durement créatives comme des momifications intégrales ou des bains abrasifs – mais amenuisement des stimulations sensorielles, appauvrissement de la diététique (pains – eau froide – carottes – pommes) ; quelques contraintes endogènes, volontairement vagues, larges, lâches, pas trop subordonnées à des rites – fantasmés ou réels : silence – privation de lecture et de toute production articulée, valorisation de l’immobilité, du dépôt, de la station allongée (comme pour des harengs marinant, la macération n’imposait pas une craintive immobilité figée : tous les réajustements, contacts et rapprochements étaient désignées comme bienvenus, seule la suractivité gestuelle était évitée) ; et bien sûr, maintien sous couettes et couvertures à l’intérieur d’un endroit frais, froid même comme l’est la saison. -
– L’objectif de cette macération n’était pas vraiment d’accéder, après un ramollissement général des chairs, à une sorte de pépite, qui aurait constitué le « meilleur de nous-même », le plus savoureux, le plus précieux, le plus véritable et le plus essentiel. La productivité était attendue à un autre niveau. Nous espérions pouvoir racler, récupérer une pellicule, une écume, un fumet qui aurait été le résidu des inventions relationnelles produites par le partage des contraintes et la coprésence intime et prolongée. Ce fumet serait, nous l’espérions, beaucoup plus inattendu, qu’une banale mixture de sueurs, larmes et semences, tangiblement générées par la macération. Ce fumet ne devait pas être inerte, détectable, soupesable, isolé. Ce devait être un fumet non-chimique ou plus que chimique, gestuel et mobile. -
- Les contraintes étaient pauvres – nous le savions mais ne voulions pas que le risque – qui était au final le seul risque pris – d’attester a posteriori de l’indigence du dispositif crainte a priori soit une raison suffisante pour renoncer à se soumettre à ces contraintes. Mieux valait, pensais-je, risquer de s’ennuyer durement que de traîner de longs mois une pesante idée, un peu butée, jamais validée mais jamais invalidée non plus. Mieux valait, pensais-je aussi, commencer avec un squelette de ‘contraintes’, une contrainte grotesque tant elle est affichée, référencée, lourde, ennuyeuse. Mieux valait commencer avec un paradigme mou, médiocre et inoffensif qu’enchaîné, quelques mois plus tard et à brule-pour-point à de lourdes bandes de latex, mis sous vacuum, aux mains de tortionnaires inconnus et inquiétants. Mieux valait se laisser dissoudre, séparer et ennuyer plutôt que s’endommager trop vite dans un sarcophage hermétique. –

sur les matelas mous, les oreillers décadents, et sous les couettes insistantes, le seul intérêt (hormis la joie engourdie de guetter les furoncles, alité dans une chambre entièrement couverte de voiles blancs pour réduire la puissance des stimulations sensorielles) à été de tester – de moduler – les températures, les courbes thermiques, leurs ruses, leurs mouvements, leurs chocs, leurs amitiés, leurs érotiques : nos ami.e.s ont tant cru à un scénario de réclusion passionnelle, de performance amoureuse et embrasée – il s’est juste agi en fait d’érotique thermique.
mais alors, macérer si longtemps, dans un tel désoeuvrement, nous a quand même plutôt refroidi, endurci, qu’amolli et pénétré de la moiteur du fumet. Il aurait fallu prévoir des marmites, des plantes, des dioxydes, des feux, des vapeurs, une sorte de sauna mutant, sauna prolongé, sous couettes et sous feuilles. Il aurait fallu se nourrir chaudement, abuser de sauces, de liants, de moelleux, de légumes, se laisser mijoter, bercer par quelque mains tierces et bienveillantes, il aurait fallu s’entourer, les cornichons ne macèrent jamais par deux, il aurait fallu créer des comités, alerter nos ami.e.s, soumettre des invitations, se montrer accueillants, inclusifs, chaleureux…
Maintenant, tout au moins, je suis prêt à affronter les sudisettes du futur, les accélérateurs de réchauffement, les échauffements passifs et immobiles, je suis prêt à inventer des micro-macérations éclairs, Blitzmacerazion redoutables, miniaturisées, transportables et démontables.
évidemment, la retraite ne m’a pas confronté à l’originaire, à la pureté, à ‘‘l’antiphrase insoluble de la genèse de nos personnalités’’ – évidemment, la discipline faible que je me suis imposée (résistance à la tentation alimentaire, résistance à l’ennui, à l’ankylose croissante des articulations, à l’affaiblissement général, mutisme, privation d’accès aux instances de communication) ne m’a pas beaucoup intéressé, ne m’a pas trans-figuré, ne m’a pas modifié, ne m’a pas rendu plus apte et plus disponible à la connaissance, ne m’a pas rapproché de quoi que ce soit, ne m’a pas donné envie de persévérer – évidemment, les exercices vulgarisés de contrôle du flux des idées, de concentration, et surtout de l’indépassable maîtrise respiratoire, m’ont traversé, ennuyé, assombri, éventuellement poussé au sommeil, mais rien de plus – évidemment, j’ai détesté la diète bancale, l’inhibition digestive qu’elle a provoqué, et les frustration et envie grotesques qu’elle a induites (par ailleurs et cependant, j’ai aimé remarquer que nous avions singulièrement surestimé notre soif et nos besoins en hydratation) – évidemment, quelques généalogies de souvenirs, inattendues et précises, ont surgi, sont venu un peu compliquer le flot des pensées banales mais vénérables, matérielles, professionnelles, sentimentales, logistiques, relationnelles labourant mes airs impassibles – évidemment aucune idée de génie, aucune solution inespérée, aucune intuition majestueuse n’a heurté la douce, moyenne, tranquille attente – quelques ‘idées’ dérisoires et suspectes m’ont animé, des ambitions fixes m’ont tenu éveillé –
après la disruption des 40 heures, la décision de JS de ne pas surmonter l’interminable cap des douze heures séparant la trente-sixième de la quarante huitième, de secouer la dramaturgie, jusque là admirablement plate, horizontale, stable, de se mutiner contre les effets débilitants et improductifs d’un consentement superficiel, des fiertés nouvellement nées sont venues regonfler mon organisme, comblé mais quand même ralenti – des objectifs, des planifications du court terme sont venu.e.s densifier et organiser les dernières heures de macération

le moment des rires blancs, de nos premières minutes effrayées, de nos gloussements déployés, harmonieux, parfaitement ‘à l’écoute’ (pour une fois), me faisant presque m’intéresser au thème de l’angoisse et de sa formidable proximité avec toutes sortes de motifs primordiaux, inaccessibles et envahissants, les premières minutes de l’effroi courroucé et délicieusement aveuglé par l’effet tangible de nos libertés – de cela, les dernières heures, seules, autonomes, indépendantes, se sont fort éloignées – récupérant quelques gouttes frelatées d’un alcool de squat, chronométrant les apnées, goûtant la froideur de l’isolement, de la légèreté célibataire, de l’aiguisement de mes désirs, de mes projets, me construisant quelque postérité ou célébrité fictive, vantant les bienfaits du rechargement énergétique, imaginant mes prochaines étreintes, leurs éclats, me délectant de quelques pensées bien connues du moment
– un observateur m’a fait remarquer le peu de cohérence de ma position de macérant isolé alors que mon objectif principal était – bien plus que l’expérience de ma transformation par la discipline – l’espoir de quelque chorégraphie relationnelle – ça a été en effet un peu le passage d’une parade amoureuse et thermique et toute à l’interaction à une self-maceration, exemplairement autarcique mais semblant déconfite autant que confite – mes prochaines macérations seront soit collectives (voire collégiales) soit individuelles (éventuellement assistées) –
- ce rapport (en cours de finalisation) ne concerne évidemment que mon expérience propre de macération – et toutes les informations sur JS, J, A … sont probablement largement erronées -
jeudi 5 janvier 2006
06 est drastique 06 est béni par des couteaux des sabres des lames 06 ne reçoit pas de voeux 06 répond aux condoléances par blog - le blog tient lieu de faire part 06 n'est pas plus que les autres l'année du bonheur de l'équanimité du succès de l'amour de la santé 06 n'est pas l'année du vice - faites cesser cette rumeur stupide
06 est l'année de nos amies melanie melanie emma geri victoria 06 est l'année des prothèses des pots de fleur des voitures électriques 06 est l'année des grosses est l'année de magali est l'année des ruptures
en 06 faites vous trancher choisissez le sens choisissez le couteau en 06 devenez un groupe de filles en 06 les frayeurs disparaissent de la liste des troubles du comportement en 06 servez les tranches préalablement coupées disposées en 06 le génie ne se mesure plus à l'intensité des tentatives de suicide en 06 la moyenne d'écartement entre les deux épaules est multipliée par 1,4 en 06 certains bustes sont tallonés par la moyenne d'écartement entre les deux épaules en 06 les larges d'épaules perdent leur ascendant
06 aime duncan 06 se complique 06 est tellement ambitieux 06 danse avec les vagues ET ne ressent rien 06 ondoie ET scarifie ET reste mou ET s'élargit ET étouffe, bat, lamine ET porte des vêtements de soleil ET humile ET se cambre ET remporte ET écoute ET neutralise les sensations 06 revendique et élabore 06 élabore et produit 06 produit et triomphe 06 triomphe et se durcit
pour 06 inventons une discipline du sauna pour 06 coupons les radiateurs coupons les manches interdisons les duvets pour 06 développons une prophylaxie thermique pour 06 dormons à plusieurs changeons les côtés prenons les par surprise pour 06 tétanisons nos amant.e.s brusquons les chairs les plus délicates oublions la plénitude pour 06 embrassons nous beaucoup jusqu'à nous contaminer jusqu'à créer des chancres des aphtes à inventer des herpès pour 06 faisons les abcès être les fruits de nos baisers pour 06 devenons fins jusqu'à ne plus produire aucun effet
bons bains
06 est l'année de nos amies melanie melanie emma geri victoria 06 est l'année des prothèses des pots de fleur des voitures électriques 06 est l'année des grosses est l'année de magali est l'année des ruptures
en 06 faites vous trancher choisissez le sens choisissez le couteau en 06 devenez un groupe de filles en 06 les frayeurs disparaissent de la liste des troubles du comportement en 06 servez les tranches préalablement coupées disposées en 06 le génie ne se mesure plus à l'intensité des tentatives de suicide en 06 la moyenne d'écartement entre les deux épaules est multipliée par 1,4 en 06 certains bustes sont tallonés par la moyenne d'écartement entre les deux épaules en 06 les larges d'épaules perdent leur ascendant
06 aime duncan 06 se complique 06 est tellement ambitieux 06 danse avec les vagues ET ne ressent rien 06 ondoie ET scarifie ET reste mou ET s'élargit ET étouffe, bat, lamine ET porte des vêtements de soleil ET humile ET se cambre ET remporte ET écoute ET neutralise les sensations 06 revendique et élabore 06 élabore et produit 06 produit et triomphe 06 triomphe et se durcit
pour 06 inventons une discipline du sauna pour 06 coupons les radiateurs coupons les manches interdisons les duvets pour 06 développons une prophylaxie thermique pour 06 dormons à plusieurs changeons les côtés prenons les par surprise pour 06 tétanisons nos amant.e.s brusquons les chairs les plus délicates oublions la plénitude pour 06 embrassons nous beaucoup jusqu'à nous contaminer jusqu'à créer des chancres des aphtes à inventer des herpès pour 06 faisons les abcès être les fruits de nos baisers pour 06 devenons fins jusqu'à ne plus produire aucun effet
bons bains
mardi 13 décembre 2005
Lire APHTES
les lacs verdis d'annecy et les ébriétés enneigées et les longs ennuis et les éblouissements incandescents et les vertiges funéraires préparent la nouvelle année ou au moins les jours qui arrivent
alors un petit livre est disponible : semi-oraculaire, semi-programmatique, semi-fictionnel, semi-refroidi, semi-amoureux.
APHTES s'offre pour la nouvelle année, annonce la mort des fascias et les chaudes étreintes squelettiques.
Pour recevoir offrir lire APHTES demandez moi.
Vers Genève - toutes légèretés et lambeaux.
fR.
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